Depuis le début du soulèvement en Syrie, il y a 10 mois, les journalistes étrangers ont la vie dure. Plusieurs se sont heurtés à l'interdiction d'entrer au pays. Une journaliste d'origine canadienne a été emprisonnée. Mais hier, pour la première fois, un journaliste français, qui avait la permission d'être au pays, est mort.

Mis à jour le 12 janv. 2012
Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Grand reporter à France 2, Gilles Jacquier était loin d'être un débutant. Âgé de 43 ans, ce croqueur d'images a couvert la plupart des grands conflits des 20 dernières années. Kosovo, Afghanistan, Algérie, révolutions du Printemps arabe: il avait l'habitude des points chauds, des manifestations et des débordements de violence.

Hier, il a été tué par un obus qui aurait frappé un groupe de journalistes dans la cité de Homs, un des centres nerveux de la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad.

M. Jacquier est l'un des rares journalistes ayant réussi à obtenir l'autorisation du gouvernement syrien pour rendre compte de la situation dans le pays. La plupart des journalistes occidentaux qui ont pu se rendre en Syrie ont dû le faire clandestinement, le régime de Damas ayant verrouillé ses frontières pour la presse étrangère.

Selon le site de France 2, M. Jacquier et un collègue qui l'accompagnait étaient en train d'interviewer des commerçants dans la rue hier quand une manifestation a débuté.

Pour échapper à des tirs d'obus, le journaliste aurait trouvé refuge dans un édifice du centre de Homs, mais un projectile aurait frappé de plein fouet l'abri.

Hier, la France a demandé l'ouverture d'une enquête sur le décès du reporter. On ignore pour le moment si l'obus, qui a tué six autres Syriens, a été lancé par les forces de sécurité syriennes ou des opposants au régime.

Allergique à la guerre

Lors d'une entrevue qu'il a accordée il y a une dizaine d'années, Gilles Jacquier a expliqué son rapport ambigu avec les conflits qu'il couvrait sans relâche. «J'ai horreur de la guerre mais sur ces terrains, je peux faire de vraies rencontres. Le plus souvent les gens sont eux-mêmes, très sincères face à une caméra et on ne peut rester insensible à leur souffrance», a-t-il dit. «Moi, j'aime surtout filmer les gens au plus près de l'action, avec leurs émotions et sans voyeurisme», ajoutait-il.

En 2003, M. Jacquier a obtenu le prestigieux prix Albert Londres avec Bertrand Coq, autre grand reporter, pour sa couverture de la deuxième Intifada. «Gilles était un excellent reporter de guerre, il n'avait peur de rien, avait un côté casse-cou mais ne prenait jamais de risques inconsidérés», a témoigné hier Bertrand Coq, interrogé par l'AFP.

- Avec l'AFP et France 2