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Attentat au Caire, 18 Frères musulmans arrêtés

Les vitres du bus ont volé en éclats... (Photo Reuters)

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Les vitres du bus ont volé en éclats après l'explosion d'une bombe posée en bord de route dans le quartier de Nasr City, dans le nord du Caire, et un périmètre de sécurité a été mis en place par la police.

Photo Reuters

Jay DESHMUKH
Agence France-Presse
LE CAIRE

Une explosion a blessé jeudi cinq personnes dans un bus au Caire et un second engin explosif a été désamorcé, au lendemain de l'annonce par les autorités que les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi étaient désormais une «organisation terroriste».

Le général Sissi, chef de l'armée, ministre de la Défense et vice-premier ministre, a réagi en promettant d'«éliminer» les terroristes et de faire revenir la «stabilité».

L'attaque survenue jeudi matin a fait cinq blessés légers lorsque qu'une bombe a frappé un bus dans le quartier de Nasr City, dans le nord du Caire. Il s'agit du premier attentat n'ayant touché que des civils depuis le coup de force des militaires contre le chef d'État islamiste il y a six mois, même si la bombe a peut-être explosé prématurément.

Toutefois, a expliqué un général de la police, une seconde bombe artisanale, désamorcée, avait été placée dans un panneau publicitaire proche et devait détoner au moment où les forces de l'ordre arriveraient sur les lieux après la première explosion.

Selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur, elle «visait à terroriser les gens avant le référendum» constitutionnel prévu les 14 et 15 janvier.

Depuis la destitution et l'arrestation, le 3 juillet de M. Morsi, l'Égypte est entrée dans un engrenage de violence. Les autorités répriment dans le sang les islamistes, et les plus radicaux d'entre eux mènent des attaques qui ont tué plus d'une centaine de policiers et de soldats. L'implacable campagne des autorités dirigées de facto par les militaires a fait plus de 1.000 morts et des milliers d'arrestations dans les rangs islamistes.

Mardi, un kamikaze avait lancé sa voiture bourrée d'explosifs contre le quartier général de la police de Mansoura (nord) tuant 15 personnes. Ansar Beit al-Maqdess, mouvement jihadiste disant s'inspirer d'Al-Qaïda, a revendiqué l'attaque, «fermement» condamnée par les Frères musulmans.

Après ces attentats, des habitants s'en sont violemment pris à la confrérie. Fadia, 40 ans, haranguait ainsi la foule jeudi au cri de «les Frères musulmans sont des chiens».

Décrivant l'ambiance dans l'Égypte plus divisée que jamais, Ihab Abdelmoneim, chauffeur de taxi du Caire a de son côté affirmé à l'AFP: «Aujourd'hui, j'ai peur du passager qui s'assoit dans mon taxi, et lui, il a peur de moi».

Manifestations et publications interdites

Au lendemain de l'attentat de Mansoura, le gouvernement, accusant la confrérie, l'a déclarée «organisation terroriste», plaçant de fait ses centaines de milliers de membres sous le régime d'une sévère loi antiterroriste promulguée en 1992 sur fond de violences de groupes islamistes radicaux. Ainsi, jeudi, une vingtaine de membres de la confrérie ont été placés en détention provisoire et 16 autres arrêtés pour possession de tracts et «incitation à la violence».

Désormais considérés comme «terroristes», les dirigeants de la confrérie risquent jusqu'à la peine capitale, a expliqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Hany Abdel Latif. Quant à ses membres, ils sont désormais interdits de manifestation, et le journal du mouvement, «Liberté et Justice», a été définitivement interdit, de même que le parti du même nom, qui avait remporté toutes les élections organisées depuis la révolte de 2011.

Quiconque sera trouvé en possession de publications ou d'enregistrements diffusés par la confrérie sera passible de peines allant jusqu'à cinq ans de prison.

Bravant l'interdiction, des étudiants de la prestigieuse université Al-Azhar se sont rassemblés en soirée avant que n'éclatent des heurts avec des anti-Morsi ayant fait un mort, selon le ministère de l'Intérieur qui ajoute que sept «émeutiers» issus de la confrérie ont été arrêtés après que la police est intervenue à coups de grenades lacrymogènes.

Les autorités accusent régulièrement la confrérie d'aider et de financer les attentats contre les forces de l'ordre --devenus quasi-quotidiens depuis la destitution de M. Morsi--, sans toutefois apporter la preuve des liens entre les jihadistes et les Frères musulmans, tenants d'un islam politique plus modéré.

Début septembre, dans le même quartier de Nasr City, un kamikaze d'Ansar Beit al-Maqdess avait fait exploser sa voiture au passage du convoi du ministre de l'Intérieur, sorti indemne. Ce groupe, principalement composé de Bédouins du Sinaï égyptien, dénonce l'entrée des Frères musulmans dans le jeu politique et prône l'action armée.

Bannis mais tolérés sous le régime de Hosni Moubarak et véritablement sortis de la clandestinité à son départ en 2011, les Frères musulmans pourraient se radicaliser après avoir été dépossédés d'une présidence acquise via les urnes, estiment les experts.

En destituant M. Morsi, les militaires ont promis une «transition démocratique», qui doit se clore par des élections législatives et présidentielle mi-2014.

Le général Sissi.... (Photo AP) - image 2.0

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Le général Sissi.

Photo AP

Le général Sissi promet de «faire face au terrorisme»

Le général Sissi, chef de l'armée et homme fort de l'Égypte depuis qu'il a destitué le président Mohamed Morsi, a promis jeudi que son pays «ferait face au terrorisme» au lendemain de la désignation des Frères musulmans «organisation terroriste».

«Pas d'inquiétude ni de peur, nous nous sacrifierons pour vous, l'armée se sacrifiera pour l'Égypte et les Égyptiens et celui qui vous touchera, nous l'éliminerons», a déclaré Abdel Fattah al-Sissi lors d'une cérémonie militaire, selon un communiqué de son porte-parole, le colonel Ahmed Aly.

«Ne laissez pas ces horribles actes terroristes vous affecter», a-t-il ajouté. «Vous souhaitez la liberté et la stabilité, cela ne s'obtient pas facilement et vous devez faire confiance à Dieu, à vous-mêmes, et à votre armée et votre police, car nous sommes capables de remettre l'Égypte sur la voie de la stabilité, de la sécurité et du progrès».

Ces déclarations sont les premières du général Sissi --également ministre de la Défense et vice-premier ministre-- et interviennent quelques heures après qu'une bombe a explosé au Caire, blessant cinq personnes dans un bus, et deux jours après un attentat suicide à la voiture piégée contre un bâtiment de la police dans le delta du Nil qui a fait 15 morts.

Au lendemain de cette attaque --revendiquée par un groupe jihadiste disant s'inspirer d'Al-Qaïda et condamnée par les Frères musulmans-- le gouvernement intérimaire installé par l'armée début juillet a déclaré la confrérie vieille de 85 ans «organisation terroriste», l'accusant d'avoir commis l'attentat.

Depuis la destitution et l'arrestation le 3 juillet de M. Morsi, l'Égypte est entrée dans un engrenage de violence. Les autorités répriment dans un bain de sang les islamistes, et les plus radicaux d'entre eux mènent des attaques dans lesquelles plus d'une centaine de policiers et de soldats sont morts.

Plus d'un millier de personnes ont été tuées et des milliers d'autres arrêtées dans les rangs des islamistes dans le cadre de cette implacable répression.

Kerry dénonce la désignation «terroriste» des Frères musulmans

Le secrétaire d'État John Kerry a dénoncé jeudi auprès de son homologue égyptien Nabil Fahmy la décision du Caire de considérer les Frères musulmans comme une «organisation terroriste».

Le chef de la diplomatie américaine a téléphoné jeudi au ministre égyptien des Affaires étrangères, selon un communiqué de la porte-parole du département d'État Jennifer Psaki.

«Le secrétaire d'État a fait part de sa préoccupation quant à la désignation terroriste des Frères musulmans prise le 25 décembre par le gouvernement intérimaire égyptien», a rendu compte Mme Psaki.

Au cours de sa conversation avec M. Fahmy, M. Kerry a condamné «l'atroce attentat à la bombe terroriste» de Mansoura ainsi que celui du Caire, et les deux ministres sont convenus que «la violence n'avait pas sa place en Égypte, dont le peuple mérite paix et tranquillité», selon la porte-parole de la diplomatie américaine.

Comme Washington le répète depuis six mois, John Kerry a «insisté sur la nécessité d'un processus politique qui inclut le plus grand nombre sur tout l'échiquier politique et qui respecte les droits fondamentaux de tous les Egyptiens afin d'aboutir à un changement démocratique».

Le département d'État avait déjà dénoncé lundi un climat de plus en plus liberticide en Égypte, au lendemain de la condamnation de trois militants laïques qui avaient défilé contre une loi controversée limitant le droit de manifester.

Washington demande depuis des mois au Caire d'oeuvrer au retour d'un régime démocratique, notamment à l'occasion du référendum sur une nouvelle Constitution programmé les 14 et 15 janvier 2014.

Les États-Unis condamnent aussi régulièrement depuis six mois le tour de vis sécuritaire et la répression des partisans du président déchu Morsi et ont gelé en octobre une partie de leur aide de 1,55 milliard de dollars par an, dont 1,3 milliard pour l'armée.

Mais les Américains n'ont jamais parlé de «coup d'État» pour l'éviction de M. Morsi et John Kerry a même déclaré en août que l'armée l'avait renversé pour «sauver la démocratie». Il a aussi accusé les Frères musulmans d'avoir «volé» la révolution de 2011.




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