Le régime syrien a rejeté mercredi toute ingérence étrangère dans ses affaires, s'en prenant à l'Europe et en particulier à la France, tout en poursuivant la répression avec l'arrestation de plus de 100 étudiants à Damas.

Roueida Mabardi AGENCE FRANCE-PRESSE

«Personne à l'extérieur ne doit nous imposer son point de vue», a martelé le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem lors d'une conférence de presse, assimilant à une «guerre» les sanctions européennes imposées au régime à cause de la répression.

«Depuis le début des évènements en Syrie, aucun responsable européen ne s'est rendu en Syrie pour discuter de ce qui se passe», a-t-il déploré. «Ils ont commencé à imposer une série de sanctions et aujourd'hui ils visent le gagne-pain des Syriens, ce qui équivaut à une guerre», a-t-il accusé.

M. Mouallem a appelé «ceux qui nous critiquent en Europe à cesser de s'ingérer dans les affaires syriennes et de semer les troubles», et brandi la menace d'une suspension de la participation à l'Union pour la Méditerranée, un projet cher au président français Nicolas Sarkozy.

«Nous allons oublier que l'UE est sur la carte et je vais demander aux dirigeants (syriens) de geler notre participation à l'Union pour la Méditerranée», a-t-il affirmé.

Le ministre syrien s'en est particulièrement pris à son homologue français Alain Juppé qui a estimé mardi que le Conseil de sécurité de l'ONU ne pouvait «rester muet plus longtemps» à l'égard du recours à la force contre les opposants syriens, mobilisés depuis la mi-mars.

«M. Juppé vit toujours dans les illusions de l'époque coloniale française. Il n'aura aucune influence dans les affaires syriennes», a lancé M. Mouallem, l'accusant de se croire en droit de «conférer la légitimité à tel ou tel dirigeant».

«La France doit cesser de pratiquer une politique colonialiste sous le slogan des droits de l'Homme», a-t-il répété.

M. Mouallem s'est également adressé aux États-Unis demandant «pourquoi (la secrétaire d'État) «Mme Clinton (qui) a mis dix ans pour élaborer la loi sur la réforme médicale aux États-Unis, ne nous attend-elle pas quelque semaines» pour pouvoir mettre en oeuvre les réformes annoncées par le président Assad.

«Ceux qui veulent tester notre sérieux, n'ont qu'à participer à la conférence nationale du dialogue», proposée par les autorités, a-t-il ajouté.

Sur un ton plus conciliant à l'égard de la Turquie, qui a sévèrement critiqué le régime de Bachar al-Assad, le chef de la diplomatie syrienne a affirmé que son pays souhaitait «les meilleures relations» avec son influent voisin et qu'Ankara «revoie» sa position.

La répression a fait depuis le 15 mars plus de 1 300 morts parmi les civils et entraîné l'arrestation de plus de 10.000 personnes, selon des ONG syriennes. Elle a aussi poussé à l'exode des milliers de Syriens vers la Turquie et le Liban.

M. Mouallem a démenti que son pays recevait l'aide de l'Iran ou du Hezbollah libanais, ses principaux alliés régionaux, pour mater la contestation, estimant d'autre part que «les assassinats d'agents de sécurité (...) et la mutilation de leur corps sont une indication que les auteurs pourraient être du réseau Al-Qaïda».

Le ministre a lancé un appel aux opposants à se joindre au dialogue. «Je dis aux Syriens réclamant des changements, venez participer au dialogue national et testez le sérieux et la volonté de la direction syrienne». «Ne pas dialoguer et continuer d'inciter à des manifestations et à des troubles est un acte inutile qui ne sert que les ennemis de la Syrie», a-t-il dit.

Sur le terrain, la contestation ne faiblit pas, l'opposition ayant rejeté l'offre de dialogue du président syrien et jugé insuffisantes les promesses de réformes qu'il a annoncées dans un discours lundi tout en montrant la détermination du régime à se battre jusqu'au bout face «au chaos».

Mardi soir, les forces de sécurité ont ainsi pris d'assaut la Cité universitaire à Damas, frappant des étudiants «avec des matraques» et arrêtant plus de cent d'entre eux au cours d'une manifestation dans l'enceinte universitaire, ont indiqué mercredi des militants.

En raison des restrictions imposées aux journalistes étrangers, il est difficile de pouvoir confirmer ces informations de source indépendante.

Mardi, la répression avait fait cinq morts parmi les manifestants anti-régime, dont un garçon de 14 ans à Hama (nord), au moment où des rassemblements de soutien à M. Assad se tenaient dans plusieurs villes.

Au plan diplomatique, des sanctions renforcées contre la Syrie devaient être formellement approuvées jeudi par les gouvernements de l'UE qui visent au total sept personnes, dont trois Iraniens accusés de fournir des équipements militaires pour aider le régime syrien à réprimer les manifestants, selon les diplomates.

La Russie, qui comme la Chine refuse toute ingérence en Syrie, a affirmé qu'«une intervention dans les affaires d'un État souverain» était «sans perspectives». Washington a appelé à des «actes» et «non des paroles» et le patron de l'ONU Ban Ki-moon a souhaité des réformes «crédibles» immédiates.