Les forces de sécurité ont tiré mardi pour disperser des manifestations anti-régime en Syrie faisant quatre morts, après l'annonce d'une nouvelle amnistie par le président Bachar al-Assad décrétée au lendemain d'une offre de dialogue rejetée par l'opposition.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Parallèlement, des tirs et explosions ont été entendus en Turquie voisine, en provenance de la Syrie, semblant indiquer que l'armée syrienne chargée de réprimer le mouvement de contestation s'approche de la frontière où sont massés des milliers de déplacés syriens, selon des témoins.

Quatre civils ont été tués par les tirs des forces de sécurité qui ont ouvert le feu sur des manifestants anti-régime à Homs (centre) et dans la région de Deir Ezzor (est), ont indiqué des militants des droits de l'Homme.

Au lendemain d'un discours de M. Assad jugé décevant par les militants pro-démocratie qui animent le mouvement de contestation en Syrie, le pouvoir a fait état de manifestations pro-Assad dans de nombreuses villes, à Homs, Alep (nord), Lattaquié (nord-ouest), Idleb (nord-ouest) et Deraa (sud).

Hormis Alep, des protestations contre le régime ont eu lieu dans ces villes là depuis le début de la révolte contre le régime le 15 mars.

A Damas même, dont la plupart des secteurs sont épargnés par les manifestations anti-régime, une foule monstre s'est rassemblée sur la place des Omeyyades pour apporter son soutien à M. Assad, selon une journaliste de l'AFP. Les manifestants portaient des drapeaux syriens et criaient «Nous nous sacrifierons pour Bachar» ou «Dieu, Syrie, Bachar et c'est tout».

M. Assad, qui intervenait pour la 3e fois publiquement depuis le 15 mars, a promis lundi une série de réformes sans annoncer néanmoins des mesures concrètes immédiates et en affirmant qu'il mettrait fin au «chaos».

Il a aussi appelé à un «dialogue national» qui pourrait aboutir à une nouvelle Constitution, en évoquant le possible amendement d'une clause de la faisant du Baas le «parti dirigeant de l'État et de la société» depuis 1963.

Mais ces annonces ont été jugées insuffisantes et peu convaincantes par la communauté internationale et les opposants qui ont appelé à poursuivre la révolte jusqu'à la chute du régime, même si l'annulation de la clause 8 est l'une de leurs principales revendications.

Après avoir décrété le 31 mai une amnistie générale incluant tous les détenus politiques, M. Assad a ordonné une nouvelle portant sur tous les crimes commis avant le 20 juin, a annoncé l'agence officielle Sana sans autre précision.

Début juin, le régime a libéré des centaines de détenus selon les ONG des droits de l'Homme, mais la répression meurtrière n'a pas cessé malgré la réprobation internationale.

Pour les opposants le discours de M. Assad a démontré une fois de plus qu'il a opté pour la solution militaire. «Une véritable solution politique serait basée sur (...) le retrait de l'armée des villes et le respect du droit à manifester pacifiquement», a expliqué l'avocat Anouar Bounni.

Le pouvoir a envoyé ces derniers mois ses troupes et chars dans de nombreuses villes pour réprimer les contestataires, arguant que leur intervention avait été dictée par la présence de «terroristes armés qui sèment le chaos», sans vouloir reconnaître explicitement l'ampleur de la contestation.

La répression a fait plus de 1 300 morts parmi les civils et entraîné l'arrestation de plus de 10 000 personnes, selon des ONG syriennes.

Sur le plan international, Paris et Moscou ont affiché leurs divergences sur la Syrie, le premier ministre français François Fillon estimant que le Conseil de sécurité de l'ONU ne pouvait «rester muet plus longtemps» alors que son homologue russe, Vladimir Poutine, affirmant en revanche qu'«une intervention dans les affaires d'un État souverain» était «sans perspectives».

Pour la Turquie, qui a accueilli plus de 10 500 réfugiés syriens fuyant la répression, M. Assad aurait dû s'engager d'une manière «beaucoup plus claire et nette» sur les réformes.

Dans le village turc de Güveççi (sud) frontalier de la Syrie, des tirs d'armes légères et des explosions ont été entendus et semblaient provenir des alentours du village syrien de Khirbet al-Joz, a constaté une journaliste de l'AFP.

Des Syriens en fuite de Bdama, une localité toute proche de la frontière et qui servait de centre d'approvisionnement aux déplacés, ont témoigné de l'arrivée de l'armée syrienne dans leur village avec l'objectif d'empêcher la fuite des gens, selon eux.

Ces développements faisaient craindre une arrivée imminente de l'armée à proximité des camps de fortune érigés du côté syrien de la frontière que les déplacés hésitent à franchir de crainte de ne plus pouvoir rentrer chez eux.

Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge a obtenu la promesse d'un accès aux «zones de troubles» en Syrie, a annoncé son président Jakob Kellenberger, de retour de Damas.