Le front de Misrata dans l'ouest libyen s'est enflammé avec la mort de 19 personnes en 48 heures dans les combats entre rebelles et forces de Mouammar Kadhafi, alors que le régime a accusé l'OTAN d'avoir mené dimanche un raid meurtrier contre des civils à Tripoli.

Imed LAMLOUM AGENCE FRANCE-PRESSE

Face au risque d'enlisement du conflit, une réunion de hauts responsables de l'ONU, de l'Union européenne, de la Ligue arabe, de l'Organisation de la conférence islamique et de l'Union africaine a insisté sur la nécessité d'une solution politique.

Les combats ont éclaté aux abords de l'enclave de Misrata après un bombardement violent à l'artillerie lourde par les pro-Kadhafi, a indiqué la rébellion en affirmant avoir repoussé plusieurs tentatives des loyalistes d'avancer vers la ville.

Le bombardement et les combats «ont coûté dimanche la vie à neuf personnes et blessé 51, des rebelles et des civils. Plusieurs des blessés sont dans un état grave», a-t-elle ajouté dans un communiqué.

De violents combats se poursuivaient en soirée à l'est et à l'ouest de Misrata, située à 200 km à l'est de Tripoli, selon la rébellion.

Dans leur fief à Benghazi (est), des responsables rebelles ont affirmé pour leur part que 10 personnes avaient été tuées dans des combats samedi à Misrata, de même que trois autres dans la ville d'Ajdabiya plus à l'est.

Le régime a ranimé le 9 juin ce front en lançant une attaque meurtrière contre cette ville côtière qui avait été assiégée et pilonnée pendant deux mois par les pro-Kadhafi. Les attaques sur Misrata avaient cessé le 12 mai et les rebelles avaient réussi à contrôler totalement cette ville-clé.

Sur le front ouest, les rebelles ont fait état de combats dans la ville de Nalout, près de la frontière tunisienne.

À Tripoli, bastion du régime, le gouvernement contesté a accusé l'OTAN d'avoir lancé avant l'aube un raid aérien contre une habitation dans le quartier populaire d'Al-Arada (est).

«Le bilan s'élève à neuf martyrs, dont cinq de la même famille, et dix-huit blessés», a déclaré le porte-parole Moussa Ibrahim.

Il a accusé l'Alliance de commettre des «barbaries» en visant «délibérément des civils». «C'est une autre nuit de tuerie, de terreur et d'horreur, causée par l'OTAN», a-t-il déploré, en affirmant qu'il n'y avait pas d'installations ou de véhicules militaires à proximité du quartier.

M. Ibrahim a appelé la communauté internationale à arrêter «l'agression» contre la Libye et à encourager un dialogue entre toutes les parties pour mettre fin au conflit qui déchire le pays depuis la mi-février.

Un immeuble de deux étages, dans lequel résidaient cinq familles, selon les autorités, a été détruit par le bombardement. Au moins deux autres maisons voisines ont été endommagées, selon un journaliste de l'AFP.

Deux corps ont été retirés des décombres devant les correspondants de la presse internationale, emmenés par les autorités sur place. À l'hôpital de Tripoli, les journalistes ont pu voir les corps de deux enfants de moins de deux ans et celui d'une femme, selon les autorités.

L'OTAN, qui a pris le 31 mars les rênes de l'intervention internationale, sous mandat de l'ONU, pour protéger la population civile, a dit avoir ouvert une enquête sur ce raid, après avoir reconnu la veille une bavure contre des forces rebelles.

«L'OTAN examine cette affaire», a déclaré le porte-parole. «L'OTAN menait des opérations à Tripoli la nuit dernière, procédant à des frappes aériennes contre une cible militaire légitime».

«L'OTAN regrette profondément toute perte de vie civile au cours de cette opération et serait extrêmement désolée si les conclusions de l'enquête révélaient qu'il s'agissait d'une arme de l'OTAN», a-t-il ajouté.

Pour sa part, le ministre libyen des Affaires étrangères Abdelati Al-Obeidi a répété que le régime n'abandonnerait pas le colonel Kadhafi, affirmant que le régime était «prêt pour la paix et pour le combat».

Depuis le 15 février, le conflit a fait entre «10 000 et 15 000» morts et obligé près de 952 000 personnes à prendre la fuite, selon des organisations internationales.