La contre-offensive des forces loyalistes fait ressurgir la question controversée de l'armement des rebelles libyens, dont la désorganisation implique un soutien plus large que de simples livraisons d'armes: des hommes sur le terrain pour les former.

Publié le 30 mars 2011
Mathieu Rabechault AGENCE FRANCE-PRESSE

Avec la débandade des rebelles ces derniers jours et leur absence criante de tactique, Washington, Paris et Londres laissent entendre ouvertement qu'ils pourraient décider de fournir des armements à l'opposition, qui ressemble plus à des manifestants armés qu'à des combattants aguerris.

Si la décision était prise, les livraisons concerneraient sans doute des lance-roquettes antichars de type RPG, des systèmes de communications et des médicaments, estime Michal O'Hanlon, expert à l'Institution Brookings.

«Nous voulons deux choses: que les avions bombardent les chars et l'artillerie lourde de Kadhafi et qu'ils (la coalition, ndlr) nous donnent des armes pour qu'on puisse se battre», a expliqué à un journaliste de l'AFP un rebelle qui se repliait mercredi à Brega, brandissant un fusil d'assaut et un drapeau français.

Mais le courage ne suffit pas. Lâcher des rafales de Kalachnikov est une chose, agir dans le cadre d'une opération coordonnée en est une autre, expliquent les experts interrogés par l'AFP.

Leur fournir simplement des armes serait «gâcher de l'argent» selon Dakota Wood, spécialiste de la guerre asymétrique et ancien officier des Marines.

«Si nous voulons vraiment aider les rebelles libyens, cela implique des formateurs sur le terrain» pour leur apprendre la «meilleure façon d'employer leurs armements», juge cet expert du Centre d'évaluation stratégique et budgétaire (CSBA), un centre de réflexion de Washington.

Les forces spéciales -américaines ou autres- dont c'est la mission première, sont les mieux qualifiées. Cela se heurte à la promesse de Barack Obama de ne pas envoyer de troupes sur place, mais «généralement ce type d'opération est conduite de manière clandestine» selon M. Wood.

Pour Seth Jones, ancien conseiller du Pentagone pour les opérations spéciales, cela pourrait bien avoir commencé.

«Je ne serais pas surpris s'il y avait déjà ou très rapidement des forces spéciales britanniques et françaises, au minimum, ainsi que des agents de renseignement pour apporter une assistance directe aux rebelles», a expliqué à l'AFP cet expert de la RAND.

Former un combattant prend du temps: quelques semaines pour apprendre les rudiments du combat mais bien plus longtemps pour apprendre à agir en tant qu'unité coordonnée, notamment au niveau du commandement.

Autrement, cela revient à les «envoyer dans une ville se faire tailler en pièces par quelqu'un qui a des mois ou des années d'entraînement», selon Dakota Wood.

Les formateurs peuvent donc être amenés à encadrer leurs recrues au combat pour s'assurer qu'elles appliquent leurs enseignements.

«Les forces rebelles en Libye sont désordonnées, elles sont certainement de bonne volonté mais partent d'un niveau très bas, si ce n'est inexistant. Cela prendrait des semaines pour créer quelque chose qui soit un minimum efficace».

Pendant ce temps, il leur faut des «sanctuaires» pour leur permettre de s'entraîner à l'abri des attaques des forces loyalistes, selon les experts. L'OTAN assurerait-elle pendant ces longues semaines la protection aérienne?

Pour Seth Jones, il faut également «partir du principe» qu'une partie des armes risque de tomber dans les mains d'Al-Qaïda, dont des «signes» de présence ont été détectés parmi les rebelles, selon le patron militaire de l'OTAN, l'amiral américain James Stavridis.

Des forces spéciales sur le terrain encadrant les rebelles permettraient toutefois, selon Michael O'Hanlon, de «réduire le problème».