Les protestations contre le régime en Syrie se sont étendues vendredi à de nombreuses villes faisant plus de 10 morts, malgré l'annonce par les autorités de mesures sans précédent de démocratisation.

Mis à jour le 25 mars 2011
Natacha Yazbeck et Roueida Mabardi AGENCE FRANCE-PRESSE

Parallèlement, des milliers de personnes ont défilé à Damas pour apporter leur soutien au président Bachar al-Assad, qui a succédé à son père Hafez à la tête du pays en 2000, et la télévision d'État a montré des images des manifestations pro-régime dans les principales villes.

L'annonce des mesures de démocratisation -possible annulation de l'état d'urgence, mesures anticorruption, libérations d'opposants et augmentation des salaires des fonctionnaires, ne semble pas avoir calmé la contestation populaire du régime autoritaire en place depuis 40 ans.

Les protestations ont continué à Deraa, épicentre de la contestation où des dizaines de personnes ont péri depuis le 18 mars, et ont gagné Sanamein, Daael, Damas, Douma, Banias et Hama où une révolte des Frères musulmans fut réprimée dans le sang en 1982, selon des militants des droits de l'homme.

Des vidéos sur YouTube ont montré aussi des manifestations à Homs (nord-est) où des photos de Hafez al-Assad ont été déchirées, et à Lattaquieh, alors que des opposants ont fait état de protestations à Deir el-Zor et à Raqa (nord-est).

Dix personnes ont été tuées à Sanamein lors d'affrontements avec les forces de sécurité, a affirmé un haut responsable sous couvert de l'anonymat, sans vouloir donner de détails sur les heurts dans cette ville proche de Deraa, à une centaine de km au sud de Damas.

Selon un témoin, 20 manifestants y ont été tués. Il a expliqué que les protestataires avaient lancé des pierres sur le QG de la Sécurité militaire et les militaires avaient riposté en ouvrant le feu.

Des heurts ont également éclaté à Deraa, a indiqué un témoin en faisant état de quatre morts et au moins 20 blessés.

Selon un militant des droits de l'homme et un témoin, les forces de sécurité ont ouvert le feu lorsque les manifestants ont déboulonné la statue de l'ancien président Hafez al-Assad, père de l'actuel président Bachar al-Assad, et l'ont brûlée. Ils ont aussi arraché un portrait de Bachar el-Assad.

Les militants des droits de l'homme ont fait état de 100 morts mercredi lors des manifestations à Deraa, une ville agricole de 75 000 habitants. Mais selon Amnesty International, 55 personnes ont été tuées durant la semaine de protestation dans et autour de Deraa.

Pour cette «Journée de la dignité» lancée sur Facebook, des centaines de personnes ont aussi manifesté à Damas après la prière à la mosquée des Omeyyades. Ils ont défilé en criant «Deraa, c'est la Syrie», «Dieu, la Syrie, la liberté et c'est tout».

Mais des contre-manifestations ont éclaté, et des milliers de partisans du pouvoir sont descendus dans la rue à Damas pour exprimer leur allégeance au président Assad.

«Avec notre sang et notre âme, nous nous sacrifierons pour Bachar» al-Assad, ont-ils scandé.

Des voitures dans tous Damas ont circulé en klaxonnant et les passagers arboraient des drapeaux syriens et des photos du président. Des fourgonnettes diffusaient des chansons patriotiques.

Selon un responsable syrien, un employé d'un club militaire a été tué par des manifestants anti-régime à Homs.

Dans un communiqué sur Facebook, «l'Union de la jeunesse syrienne» a appelé «Bachar al-Assad et les membres de son régime à démissionner» et à la mise en place d'un «gouvernement de transition formé de toutes les composantes du peuple».

Les États-Unis ont de nouveau condamné «avec force» les violences en Syrie,  Londres s'est dit «très préoccupé» et le président français Nicolas Sarkozy a jugé qu'aucune démocratie ne pouvait accepter des tirs contre des protestataires pacifiques.