Le Parlement yéménite a approuvé mercredi l'instauration de l'état d'urgence dans le pays, où les jeunes protestataires ont rejeté l'offre de dialogue direct faite par le président Ali Abdallah Saleh, de plus en plus contesté et isolé.

Publié le 23 mars 2011
Hammoud MOUNASSAR AGENCE FRANCE-PRESSE

Au total, 164 députés sur 165 présents ont voté pour l'instauration de l'état d'urgence, proclamé le 18 mars par le chef de l'État après la mort de 52 manifestants tués par des tirs attribués à des partisans du régime.

Cependant, en l'absence d'une loi détaillant ce qu'est l'état d'urgence dans le pays, il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat si cette mesure signifiait l'interdiction des manifestations et du sit-in observé par des protestataires place de l'Université à Sanaa pour réclamer le départ de M. Saleh.

Tous les députés de l'opposition parlementaire, les indépendants et les députés du Congrès populaire général (CPG) du président Saleh ayant présenté leur démission en raison de la répression ont boycotté la séance.

Le CPG comptait quelque 170 députés, sur 301 membres du parlement, mais le nombre de démissionnaires parmi les députés du parti au pouvoir a été évalué à entre 40 et 50, selon des sources parlementaires.

Les jeunes contestataires qui campent depuis le 21 février sur la place de l'Université avaient appelé dès le matin les députés à voter contre l'instauration de l'état d'urgence.

«Un vote en faveur de la loi équivaudrait à approuver le massacre d'innocents», a affirmé un communiqué du mouvement des «Jeunes pour le changement» lu par un orateur au micro sur la place mercredi matin.

Dans des propos rapportés mercredi par l'agence officielle SPA, le chef de l'État s'est tourné vers les jeunes, leur proposant un dialogue direct.

«Le président comprend les revendications des jeunes et leurs aspirations, et les appelle à un dialogue transparent et sincère, loin des calculs partisans», a-t-il dit, dans une allusion aux partis de l'opposition parlementaire, qui ont rejoint la contestation sur le tard.

Mais les jeunes protestataires ont immédiatement rejeté la proposition du chef de l'État, les orateurs se succédant au micro pour répéter qu'ils exigeaient son départ immédiat.

Lâché par une partie de son armée, le président Saleh avait proposé mardi de quitter le pouvoir au début 2012, mais l'opposition parlementaire a rejeté cette offre, insistant pour qu'il parte immédiatement.

M. Saleh, dont le mandat expire fin 2013, a proposé «la tenue d'élections parlementaires avant la fin 2011, suivies de l'élection par les députés d'un président début 2012».

Les contestataires ont décidé d'appeler à de nouvelles manifestations vendredi, après la prière hebdomadaire, et certains ont proposé de marcher sur le palais présidentiel à Sanaa, selon le correspondant de l'AFP sur place.

La contestation, lancée fin janvier, avait pris de l'ampleur après la mort vendredi dernier de 52 personnes, tuées par des tirs sur un rassemblement de l'opposition, attribués à des partisans du régime.

Le président Saleh semble de plus en plus isolé, après avoir été lâché par une partie de l'armée et par les tribus les plus influentes dans ce pays à structure clanique.