Le candidat à la présidence de l'Égypte, Mohamed ElBaradei a déclaré vendredi que le «miracle» de la révolution égyptienne devait être consolidé par un rejet des amendements constitutionnels soumis à référendum par le Haut conseil des forces armées.

Publié le 18 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Les Égyptiens doivent voter samedi sur ces amendements, première étape d'une série de mesures proposées par les militaires après la chute de Hosni Moubarak pour mener à un régime démocratique.

Plusieurs militants pro-démocratie ont appelé à voter «non» estimant que les amendements proposés laissaient trop de pouvoir au président et aboutiraient s'ils étaient adoptés à une nouvelle forme de régime autoritaire.

M. ElBaradei, qui s'exprimait au cours d'un congrès à New Delhi, a estimé que les amendements de la constitution ne portaient que sur des «détails sans importance».

«Ils ne s'attaquent pas aux pouvoirs discrétionnaires du président, ils ne s'attaquent pas aux aberrations des règles de formation du parlement, ils n'abordent pas la nécessité d'avoir une assemblée constituante indépendante où tous les gens soient représentés» a-t-il précisé à propos des amendements.

«Ainsi nous allons dire «non» demain. La plupart de ceux qui ont participé au déclenchement de la révolution vont dire «non». Je prends l'avion ce soir pour voter et m'assurer que les amendements ne passeront pas» a-t-il ajouté.

ElBaradei, qui effectue son premier voyage hors d'Égypte depuis le déclenchement le 25 janvier de la révolution qui a conduit à la démission de Hosni Moubarak le 11 février, a expliqué comment il voyait cet événement.

«La révolution était comme une intervention divine. Personne ne s'y attendait mais pour chacun, dans son for intérieur, ce n'était pas une surprise. C'était comme une cocotte-minute sous pression depuis de longues années».

«Quand Moubarak a été chassé et le régime renversé, on a pu voir des Égyptiens confiants, fiers, heureux, avec un sens de la dignité qu'ils n'avaient pas auparavant» a-t-il souligné.

M. ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la paix en 2005, milite pour une période de transition vers la démocratie plus longue que celle que proposent les militaires.

Il craint que la tenue d'élections dans la précipitation ne mette un terme aux réformes et ne laisse sur les bas-côtés des millions d'Egyptiens.

«Nous avons le choix entre construire un État propre ou toiletter l'ancien régime, or ce sont deux alternatives très différentes» a-t-il estimé.

Pour M. ElBaradei, l'avenir de l'Égypte est en jeu. «La révolution a été un miracle absolu mais ce n'était que l'étape la plus facile. Le plus difficile maintenant est de garantir que l'énergie soit canalisée de manière appropriée, que la transition nous mène vers une vraie démocratie et non vers un simulacre de démocratie.» a-t-il déclaré.

De nombreux militants égyptiens pro-démocratie ont réoccupé vendredi la Place Al Tahrir au centre du Caire, foyer des 18 jours de manifestations qui ont eu raison du régime de Moubarak, pour demander aux Égyptiens de voter «non» au référendum de samedi sur les amendements constitutionnels.