La crise des réfugiés en Europe est «mondiale», a estimé le secrétaire d'État américain tandis que la tension monte à la frontière entre la Grèce et la Macédoine où des centaines de migrants ont tenté de forcer la barrière de barbelés.

Plus de 7000 migrants et réfugiés restaient bloqués au poste grec d'Idomeni après des restrictions imposées par plusieurs pays, dont la Macédoine, sur le nombre des personnes autorisées à entrer sur leurs territoires, un sujet qui divise l'Union européenne.

Alors que dimanche la Macédoine n'avait laissé quasiment aucun migrant traverser, lundi à l'aube 300 Irakiens et Syriens ont finalement pu traverser le poste-frontière.

A la mi-journée, plusieurs centaines de migrants, dont des femmes et des enfants, ont tenté de passer en force la frontière, repoussant un cordon policier grec et enfonçant une partie de la barrière de barbelés avant d'être repoussés à coups de gaz lacrymogènes.

Selon MSF, le nombre actuel de migrants à Idomeni est quatre fois plus élevé que la capacité des deux camps installés près du poste-frontière et de nombreuses personnes doivent dormir dans les champs.

La Macédoine est le premier pays sur la route des Balkans, empruntée par les migrants qui arrivent sur les îles grecques en provenance des côtes turques et veulent rejoindre les pays de l'Europe centrale et du Nord.

«Les États-Unis considèrent que la crise des réfugiés est mondiale (...) Ce n'est pas un défi régional (...) C'est un test pour nous tous», a déclaré le chef de la diplomatie américaine John Kerry lundi à Washington. La veille, la chancelière allemande Angela Merkel avait estimé que l'Union européenne ne pouvait pas laisser la Grèce «plonger dans le chaos» face à l'afflux migratoire.

Après l'Autriche, premier pays à avoir imposé des quotas, la Croatie, la Slovénie, membres de l'UE, ainsi que la Macédoine et la Serbie ont décidé à leur tour la semaine dernière de limiter le nombre de migrants autorisés sur leurs territoires, provoquant des protestations d'Athènes.

A Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a dénoncé le «discours de haine» de certains dirigeants, déplorant que les migrants, déjà traumatisés par les «atrocités» commises dans leur pays, doivent en outre affronter, à leur arrivée en Europe, une «xénophobie» croissante.

La Grèce estime qu'entre 50 000 et 70 000 personnes risquaient d'être bloquées dans le pays en mars contre 22 000 actuellement.

Des heurts dans le nord de la France

Et le président macédonien a averti que la route des Balkans serait totalement fermée quand «l'Autriche aura atteint son plafond» de demandeurs d'asile, fixé à 37 500 cette année. Le chiffre s'élève actuellement à «environ 12 000» et le flux progresse désormais lentement, selon le ministère autrichien de l'Intérieur.

Réagissant aux critiques de la chancelière allemande qui avait dénoncé la décision «unilatérale» de l'Autriche, la ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, a affirmé que Vienne n'avait «de leçon à recevoir de personne». Elle a rappelé que c'est l'Allemagne qui, sans l'afficher, a commencé dès décembre à filtrer les migrants à sa frontière autrichienne.

Alors que les dissensions s'exacerbent au sein de l'UE, Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne, a annoncé lundi qu'«un plan d'urgence était en train d'être élaborer pour aider la Grèce» ainsi que d'autres pays de l'Europe de l'ouest «afin de prévenir une éventuelle crise humanitaire».

A Athènes, une réunion extraordinaire a eu lieu lundi entre le ministère de l'Intérieur et l'Union des mairies du pays (Kede) pour gérer le problème d'infrastructures d'accueil. Deux camps d'accueil ont récemment été inaugurés en Grèce continentale, d'une capacité de 2000 personnes chacun actuellement. D'anciens sites olympiques à Hellinikon, banlieue sud d'Athènes, ont également été mis à la disposition de migrants.

En France, les autorités ont entamé lundi la destruction d'une partie du plus grand camp de migrants du pays, la «jungle» de Calais (nord) qui compte, selon les sources, entre 3700 et 7000 personnes désireuses de se rendre en Grande-Bretagne.

Des heurts ont éclaté entre migrants et militants radicaux, et forces de l'ordre qui, cibles de projectiles, ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogène. Trois militants ainsi qu'un jeune migrant ont été interpellés, et cinq policiers ont été legèrement blessés, selon les autorités locales.

Anticipant cette évacuation, la Belgique voisine avait rétabli ses contrôles à sa frontière il y a une semaine. Depuis, elle a refoulé 619 migrants vers la France.