Un an après le début de la vague de manifestations qui a ébranlé son régime, Vladimir Poutine n'a pas fini de se venger de ses opposants. Chaque jour, le cadre légal pour la dissidence se rétrécit un peu.

Mis à jour le 17 nov. 2012
Frédérick Lavoie, collaboration spéciale LA PRESSE

Votre organisation écologiste obtient des fonds de l'extérieur de la Russie? Vous devrez désormais vous présenter comme un «agent de l'étranger». Vous expliquez à des observateurs internationaux les mécanismes de fraude électorale dans le pays? Vous êtes un «traître». Non seulement aux yeux de vos détracteurs, mais aussi devant la loi russe.

Après l'euphorie des manifestations postélectorales de l'hiver dernier, les opposants et membres de la société civile russes ne cessent de subir les contrecoups de leur «affront» au régime du président Vladimir Poutine.

Après la criminalisation de la diffamation et l'introduction de nouvelles restrictions au droit de manifester, une nouvelle loi entrée en vigueur ce mercredi est venue élargir de manière floue les notions de «haute trahison» et «d'espionnage». Selon le texte, «fournir une aide financière, technique, consultative ou autre» à des étrangers dont «l'activité est dirigée contre la sécurité de la Russie» sera punissable de prison.

À partir du 21 novembre, les ONG recevant des fonds de l'étranger et qui «organisent des activités publiques visant à modifier la politique de l'État» devront s'inscrire auprès du ministère de la Justice comme «agents étrangers». Elles seront également tenues de s'identifier comme telles dans le cadre de leurs interventions publiques.

Le Parlement étudie également un projet de loi destiné à punir les personnes qui «offensent les sentiments des croyants». Cette pièce législative est une réponse au procès retentissant des trois féministes du groupe Pussy Riot, arrêtées pour leur «prière punk» anti-Poutine récitée dans une cathédrale de Moscou.

»Apeurer les ONG»

Chez les acteurs de la société civile, il ne fait aucun doute que l'adoption de ces différentes lois répressives est liée au regain d'activité de l'opposition depuis un an. «L'objectif n'est pas d'améliorer la société, mais de faire de la discrimination et d'apeurer les ONG», s'inquiète Grigori Melkoniants, vice-directeur de Golos, réputée organisation de défense des droits des électeurs.

Alexander Sidyakine, député à l'origine de la loi sur les «agents étrangers», ne cache pas que son projet visait particulièrement Golos, dont les révélations sur les fraudes électorales lors des dernières législatives et de la présidentielle ont grandement contribué à lancer le mouvement de protestation anti-Poutine. Selon M. Sidyakine, ce genre d'organisation promeut les positions «des gens qui les financent de l'étranger, et non pas de leurs employés et de la société civile russe». D'où la nécessité d'encadrer leurs activités.

Absurde, répond Oleg Orlov, président du Centre de défense des droits de la personne de l'organisation Mémorial. «La logique de Poutine est de dire que celui qui paie la danse choisit la musique. Sauf que pour nous, peu importe qui nous finance, ils ne décident rien de nos orientations.» Selon lui, les bailleurs de fonds étrangers n'ont jamais posé de condition pour verser des subventions.

Lois floues

Outre les trous dans leur budget si elles renoncent au financement international, c'est la nature floue des nouvelles lois rédigées à toute vitesse qui inquiète le plus les ONG. Selon M. Orlov, les autorités pourront les interpréter et les appliquer de façon totalement arbitraire. «Nous ne faisons pas de politique, mais comme la loi [sur les agents étrangers] est formulée, ils pourront dire que nous en faisons», s'inquiète-t-il.

Encore plus humiliant, note Grigori Melkoniants, l'inscription au registre est volontaire. Si les autorités jugent que des organisations «politiques» ne se sont pas inscrites alors qu'elles auraient dû le faire, elles seront mises à l'amende et pourraient devoir fermer leurs portes.

Or le régime mesure mal le sentiment populaire, croit M. Melkoniants. «Les gens commencent à comprendre que si le pouvoir essaie de nous discréditer, c'est que, forcément, nous faisons quelque chose de bien, qui les empêche de faire du vol et de la tromperie.»