Mohamed Bridji a appris à ses dépens qu'injurier le président Nicolas Sarkozy peut coûter cher. Même lorsqu'on prétend s'inspirer des salves langagières musclées du coloré politicien.

Mathieu Thibodeau LA PRESSE

Le chômeur de 21 ans vient d'être condamné à 35 heures de travaux d'intérêt général à la suite d'un incident survenu la semaine dernière lors d'une visite-surprise du chef d'État à la Courneuve, en banlieue parisienne.

 

Le jeune homme, qui n'apprécie pas l'action politique du leader français, a reconnu devant le tribunal avoir crié: «Va te faire enculer, connard. Ici, t'es chez moi.»

Ces mots ont entraîné une intervention musclée des policiers, qui se sont mis à trois pour le clouer au sol avec une prise d'étranglement.

Devant le tribunal, l'accusé, blessé au visage, a évoqué les excès langagiers du président pour tenter de se défendre: «Je voulais dire que j'étais pas d'accord avec lui. Je l'ai fait avec mon langage. Lui, il dit bien «sale con»...» a dit le jeune homme, qui a refusé de s'excuser pour ses paroles.

Insulter, ça coûte quoi?

Nicolas Sarkozy avait soulevé la controverse il y a quelques années lorsqu'il avait lancé «Casse-toi, pauvre con» à un homme qui refusait de lui serrer la main lors d'une visite au Salon de l'agriculture à Paris.

La fille du défunt président socialiste François Mitterrand, Mazarine Pingeot, estime que Nicolas Sarkozy a sa part de responsabilité dans les attaques verbales dont il est l'objet.

«Le jeune de la Courneuve parle le langage de son président, en cela on peut dire que celui-ci est de son temps. C'est peut-être ça, la proximité», ironise l'écrivaine dans une chronique publiée par le Nouvel Observateur.

La fonction présidentielle, demande Mme Pingeot, ne serait-elle pas mieux protégée si elle était confiée à quelqu'un «qui ne l'insulterait pas de l'intérieur, la désintégrant en l'incarnant»?

Le syndicat de police Alliance, loin de partager les préoccupations de Mme Pingeot quant à la tenue du président, a fustigé la peine imposée à Mohamed Bridji comme étant trop clémente. L'organisation affirme que les résidants des cités vont retenir que «ça ne coûte rien» d'insulter les autorités.

Empêcher de filmer

L'altercation survenue à la Courneuve a été filmée en partie par une équipe de France 3 qui se trouvait par hasard sur place pour réaliser un reportage sur le trafic de drogue.

Selon la télévision d'État, le service d'ordre du président a voulu empêcher son équipe de filmer l'altercation survenue avec Mohamed Bridji. Le syndicat des journalistes a porté plainte pour «atteinte à la liberté de la presse».

Les médias n'avaient pas été alertés du déplacement du président, qui revenait pour la première fois depuis plusieurs années à la cité des 4000, à la Courneuve.

Il avait suscité la controverse comme ministre de l'Intérieur en disant qu'il fallait «nettoyer au Kärcher» l'endroit pour le débarrasser des responsables de la mort d'un jeune enfant tué par une balle perdue.