Après avoir contribué à la remarquable victoire du candidat républicain Scott Brown dans le Massachusetts, le 19 janvier, la colère populiste qui anime le mouvement Tea Party se manifeste ces jours-ci en Floride, où elle trouve un exutoire dans la campagne de Marco Rubio, phénomène politique de l'heure aux États-Unis.

Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Âgé de 38 ans, Rubio est déjà entré dans l'histoire en devenant, en 2006, le plus jeune président de la Chambre des représentants de Floride. Politicien expérimenté et tribun charismatique, ce républicain conservateur ne représente pas seulement une menace pour le Parti démocrate mais également pour l'establishment de son propre parti.

Car Rubio fait campagne contre le gouverneur républicain de Floride, Charlie Crist, qui jouit de l'appui des bonzes du Grand Old Party dans une course sénatoriale dont l'issue est plus imprévisible que jamais. En août dernier, Rubio tirait de l'arrière par 30 points sur Crist. La semaine dernière, un sondage le créditait d'une courte avance sur le gouverneur. La primaire républicaine aura lieu en août prochain, à quelques semaines des élections de mi-mandat.

La remontée de Marco Rubio, comme la victoire de Scott Brown au Massachusetts, est attribuée en bonne partie au dynamisme du mouvement Tea Party, qui a vu le jour il y a près d'un an en opposition aux politiques soi-disant socialistes de l'administration Obama et aux élites en général, qu'elles soient issues des deux grands partis, des médias ou de Wall Street.

En Floride, en Pennsylvanie et en Californie, entres autres, les militants de ce mouvement jouent un rôle de plus en plus important dans les primaires du Parti républicain. Ils appuient les candidats les plus conservateurs et attaquent les candidats jugés trop modérés, comme Charlie Crist, auquel ils reprochent notamment d'avoir apporté son soutien au plan de relance économique de 787 milliards de dollars de l'administration Obama.

«Ils agissent exactement comme l'ont fait les militants de la droite religieuse au milieu des années 1980», explique Robert Crew, politologue à l'université d'État de Floride. «Les gens du mouvement Tea Party se mobilisent un peu partout dans le pays, s'organisent et commencent à imposer leurs vues au sein du Parti républicain.»

Certains candidats républicains hésitent à s'identifier au Tea Party, dont certains éléments ne sont guère recommandables. Dans les réunions du mouvement - les «tea parties» qui se tiennent d'un bout à l'autre des États-Unis -, on peut voir des affiches comparant le contribuable à un «nègre», condamnant le «menteur africain de la Maison-Blanche» ou mettant en doute la citoyenneté américaine du président. D'autres font la part belle à diverses théories de conspiration, dont certaines sont véhiculées par l'animateur de Fox News Glenn Beck, une des figures les plus populaires du mouvement avec l'ex-gouverneure d'Alaska Sarah Palin.

Mais Marco Rubio, né à Miami dans une famille d'exilés cubains, ne craint pas d'aller à la rencontre des militants du mouvement Tea Party, dont le nom fait référence au Boston Tea Party, une étape charnière de la révolution américaine             .

«Le mouvement Tea Party est une étiquette fourre-tout qui décrit un mouvement d'Américains ordinaires qui s'affirment pour la première fois de leur vie parce qu'ils ont peur de la direction que prend leur pays. Ce sont d'excellentes personnes et notre campagne est fondée sur les mêmes principes», a-t-il déclaré lors d'une entrevue récente à un journal britannique.

Champion de la libre entreprise, des baisses d'impôts et de l'exceptionnalisme américain, Marco Rubio est capable de soulever les foules, surtout lorsqu'il s'exprime au sujet du pays d'origine de ses parents.

«Je suis ici en tant que compatriote américain dont les parents sont nés dans un pays qui s'est perdu dans le socialisme. Mes parents ont perdu leur pays à cause d'un gouvernement. Je ne veux pas perdre le mien à cause d'un gouvernement», a-t-il dit lors d'un discours à West Palm Beach l'an dernier.

La semaine dernière, à Tampa, il ajouté : «Nous avons un message que comprennent les gens de cet État. Ce président et son administration tentent de réécrire le rôle du gouvernement dans ce pays et nous allons lutter contre ça.»

Il semble que ce message ne plaise pas seulement aux militants du mouvement Tea Party. Deux des fils de Jeb Bush, ex-gouverneur républicain de Floride, dont George P. Bush, ont annoncé récemment leur appui à Marco Rubio. Le père reste neutre, mais on le soupçonne d'avoir un faible pour l'adversaire de son successeur.