L'ecstasy? Démodée. Les oiseaux de nuit préfèrent maintenant la méphédrone, une drogue de synthèse vendue sur l'internet en toute légalité. Le marché européen des drogues légales est en pleine explosion. Et la Grande-Bretagne est chef de file de ce nouveau trafic virtuel, nous explique notre collaboratrice.

Mali Ilse Paquin, Collaboration spéciale LA PRESSE

Les drogues de rue ont peu de secrets pour Marcus, un Londonien costaud de 22 ans. Cocaïne, kétamine, MDMA (ecstasy), amphétamine (speed), le DJ discute des effets de chacune avec l'aisance d'un pharmacien.

 

Une nouvelle drogue fait des ravages, selon Marcus: la méphédrone. «C'est presque aussi fort que de l'ecstasy. On se sent bien... Mais l'effet dure seulement une demi-heure», dit le DJ d'une boîte de nuit à Soho, dans le centre-ville de Londres.

Pour un de ses amis, c'était un trip trop court. Il a consommé un gramme de méphédrone en une heure, soit l'équivalent de quatre doses. Résultat, il ne pouvait plus se tenir debout. «Il était dans un piteux état, dit Marcus. Son mauvais trip a duré une bonne demi-heure.»

Malgré ses dangers, la méphédrone est légale en Grande-Bretagne. La poudre blanche est vendue sur l'internet pour aussi peu que 20$ le gramme, soit quatre fois moins cher que la cocaïne.

Aujourd'hui, elle est plus facile à trouver que l'ecstasy. Une récente étude auprès des lecteurs du magazine MixMag, populaire auprès des habitués des boîtes, a révélé que 42% l'ont déjà consommée.

Officiellement: des engrais

Malgré cet engouement, le gouvernement britannique ne l'a toujours pas bannie. D'ailleurs, le royaume est la capitale européenne des drogues légales et potentiellement dangereuses, selon l'Observatoire européen des drogues. Pas moins de 37% des fournisseurs sur l'internet sont installés en Grande-Bretagne.

En clair, ils vendent des succédanés, surtout synthétiques, dont la formule chimique diffère suffisamment des drogues illégales pour justifier le fait qu'on les vende légalement.

Par précaution, les marchands présentent les substances comme des engrais chimiques. L'avertissement «Attention, ce produit est impropre à la consommation» accompagne leurs descriptions.

Les clients ne sont pas dupes. «Les visiteurs des sites savent de quoi il s'agit, dit Harry Shapiro, de l'organisme de recherche Drugscope. Ils échangent des conseils dans des forums spécialisés.»

Affaires d'or

Le marché a été évalué à 17 millions de dollars canadiens en 2006. Ce chiffre a certainement monté en flèche depuis.

La Presse a appelé un fournisseur de méphédrone sur l'internet qui fait des affaires d'or. «Notre chiffre d'affaires oscille entre 85 000 et 170 000$ par semaine, dit le «vice-président», âgé de seulement 16 ans, qui n'a pas voulu s'identifier. Nous avons trois employés à temps plein qui expédient des sachets dans le monde entier.»

Les conseillers du gouvernement en matière de drogues se défendent d'agir trop lentement. Les drogues synthétiques, en particulier la méphédrone et ses dérivés, sont leur priorité, rappelle le porte-parole Nick Logan.

Trois d'entre elles ont déjà été criminalisées en décembre: le «Spice», un substitut au cannabis, le BZP, un stimulant proche de l'ecstasy, et le GBL, un puissant sédatif semblable au GHB.

«Nous donnerons notre avis sur la méphédrone en mars», dit M. Logan, du comité gouvernemental sur l'abus de drogues.

Toutefois, comme ce fut le cas pour les «Spice», GBL et BZP, le fournisseur interrogé par La Presse a prévu le coup. Il a déjà trouvé un substitut. «Nous attendons l'interdiction de la méphédrone pour lancer notre nouveau produit», dit-il.