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Les séquestrations de patrons continuent

Derek Sherwin, un des trois cadres anglais de... (Photo: AP)

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Derek Sherwin, un des trois cadres anglais de la firme Scapa séquestrés mardi dernier par les ouvriers de l'usine de Bellegrade, est escorté par un groupe d'employés bien décidés à négocier leur prime de mise à pied.

Photo: AP

(Paris) «Qu'est-ce que c'est cette histoire d'aller séquestrer des gens?» s'est indigné cette semaine le président français Nicolas Sarkozy. C'est que la prise d'otages est dorénavant un moyen de pression à la mode dans l'Hexagone. Et les patrons, jugés responsables de la crise économique, en font les frais.

«La prise d'otages serait-elle devenue le nouveau moyen en vogue pour faire céder un employeur à ses revendications?»

La question, posée cette semaine par l'hebdomadaire Paris Match, normalement plus versé dans le potinage que dans les sujets de société, est des plus pertinentes. Car les cas de séquestrations en milieu de travail ne cessent de se multiplier en France.

 

Mardi, les ouvriers en rogne d'une usine de la firme Scapa, qui devait être fermée en raison du ralentissement économique, ont empêché le départ de trois cadres anglais. Ceux-ci ont finalement été libérés au bout de 24 heures, lorsque l'entreprise a accepté de doubler les primes de départ prévues pour le personnel mis à pied. Une facture additionnelle de plus d'un million et demi de dollars.

«C'est le seul moyen de pression quand on est face à des gens qui ne veulent pas négocier. La stratégie a été payante, mais il faut savoir s'arrêter», a commenté le délégué syndical Christophe Bougret, à l'issue du conflit.

Le président français Nicolas Sarkozy, beaucoup moins enthousiaste que M. Bougret, a mis en garde les travailleurs français tentés par l'expérience.

«Qu'est-ce que c'est cette histoire d'aller séquestrer des gens? On est dans un État de droit, il y a une loi qui s'applique, je la ferai respecter», a assuré le chef d'État.

Illégales, mais compréhensibles

Le premier ministre François Fillon a prévenu, dans la même veine, que «le respect de l'intégrité des personnes, de leur liberté d'aller et venir n'est pas négociable». Il a accusé les partis d'extrême gauche de «souffler sur les braises de l'affrontement social» en encourageant ce type d'initiative.

L'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal, s'est aussi attiré les critiques du parti au pouvoir pour avoir souligné, dans une entrevue parue la fin de semaine dernière, que les séquestrations étaient illégales, mais compréhensibles.

«Les salariés doivent forcer le barrage de l'injustice absolue: ce discours dominant qui demande aux salariés de subir et de disparaître en se taisant, d'être licenciés sans faire d'histoire ou de bruit», a-t-elle relevé, en imputant les tensions actuelles à l'incurie du gouvernement.

Bien que l'entourage du président ne cesse, à l'instar des organisations patronales, de répéter que le recours à la violence est «inacceptable» en toute circonstance, aucune enquête policière n'a été ouverte à ce jour contre les personnes responsables. Même s'il s'agit, en théorie, d'un délit passible de plusieurs années d'emprisonnement.

«Le gouvernement ne parvient pas à trouver une réponse équilibrée... D'un côté, il sait que l'opinion publique sympathise avec les salariés. De l'autre, il doit faire respecter la loi», souligne le sociologue Denis Muzet, qui prédit une multiplication d'actions radicales de ce type.

Un sondage qui vient de paraître indique que 30% des Français «approuvent» les actes de séquestration et que 63% les comprennent sans pour autant les cautionner. Seulement 7% les condamnent fermement.

Injustice face à la crise

Selon M. Muzet, ces chiffres reflètent le fait que la population française éprouve un «profond sentiment d'injustice face à la crise» qui l'amène à s'indigner contre les patrons, vus comme les véritables responsables de la situation.

Les Français, explique-t-il, comprennent mal que de grandes banques et d'importantes compagnies reçoivent des milliards d'aide gouvernementale et que des dirigeants empochent des bonus faramineux alors que se multiplient les mises à pied et les fermetures d'usine.

«Ils font une lecture très symbolique de la situation économique», note le sociologue, qui évoque par ailleurs un clivage croissant entre la population et les élus, considérés comme des «complices» des grandes entreprises.

Dans un contexte aussi tendu, il suffit d'un rien, dit-il, pour qu'un groupe de travailleurs décide de forcer le jeu et de passer à l'illégalité.

 




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