(Nations unies) La Chine a réclamé jeudi à l’ONU d’« intensifier ses efforts de médiation politique » en Haïti, pays sans président depuis près d’un an, sans Parlement depuis deux ans et demi et doté d’un secteur judiciaire presque paralysé.

Publié le 16 juin
Agence France-Presse

« Ces 30 dernières années, l’ONU a déployé d’immenses efforts et investi d’énormes ressources pour aider Haïti. Mais la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays est allée de mal en pis, la population continuant de souffrir », a dénoncé l’ambassadeur chinois, Zhang Jun, devant le Conseil de sécurité.

« L’accent doit être mis sur le processus politique, poussant Haïti à sortir au plus vite de l’impasse politique » et la mission politique onusienne appelée Binuh doit « accroître son sentiment d’urgence », a-t-il ajouté.

En octobre, Pékin, exaspéré par l’absence d’avancées en Haïti, arrière-cour des États-Unis, avait menacé d’utiliser son veto face à un projet de résolution américain renouvelant pour un an la mission Binuh. In extremis, un compromis avait permis d’étendre son mandat pour neuf mois, expirant le 15 juillet.

Selon des diplomates occidentaux, la reconnaissance de Taïwan par Haïti explique en partie l’activisme de la diplomatie chinoise à l’égard de ce pays.

« Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes peuvent […] jouer un plus grand rôle dans le soutien à la paix et au développement en Haïti », a aussi estimé Zhang Jun alors que les États-Unis se sont adjoint les services du Mexique, membre non permanent du Conseil de sécurité, pour rédiger la prochaine résolution sur Haïti.

Sans trop s’avancer sur ce qu’il convient de faire, son homologue américaine, Linda Thomas-Greenfield, a rappelé que le secrétaire général de l’ONU s’était prononcé en faveur d’un mandat prolongé d’un an et plus efficace.

« Bien que le Binuh et une présence solide de l’ONU en Haïti soient essentiels, ils ne remplacent pas des réformes significatives qui ne peuvent être entreprises que par les dirigeants haïtiens », a dit Linda Thomas-Greenfield.

Émissaire de l’ONU en Haïti, Helen La Lime, ex-diplomate américaine, a estimé que « plus que jamais, Haïti a besoin d’une aide immédiate pour développer sa police nationale et lutter contre la criminalité et la violence croissantes ». « La police de Haïti manque actuellement de ressources humaines, matérielles et financières pour remplir efficacement son mandat », a-t-elle ajouté, en appelant les États membres de l’ONU à la développer.

Haïti est, depuis des mois, sous la coupe réglée de gangs dont l’emprise s’est largement étendue au-delà des quartiers défavorisés de Port-au-Prince.  L’assassinat de son président Jovenel Moïse il y a près d’un an a plongé encore davantage le pays le plus pauvre des Amériques dans l’incertitude sur son avenir.