Le petit État de la Barbade a décidé de ne plus être sujet de la Couronne britannique et de devenir une république d’ici novembre 2021. Une décision qui pourrait faire école ? Explications.

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Passé colonial

Les jours de la reine Élisabeth II comme chef d’État de la Barbade sont comptés. La petite île des Caraïbes a décidé de modifier sa Constitution et de tourner le dos à son passé de colonie britannique : le petit État de 286 000 habitants entend devenir une république. « Ayant obtenu son indépendance il y a plus d’un demi-siècle, notre pays ne laisse planer aucun doute sur ses capacités à s’autogérer, a affirmé mardi la gouverneure générale de la Barbade, Sandra Mason, dans un discours de rentrée du Parlement local. L’heure est venue de dire un vrai adieu à notre passé colonial. Les Barbadiens veulent un chef d’État barbadien. »

Pas de référendum

Élisabeth II va donc perdre sa souveraineté sur l’île reconnue pour ses plages de sable fin qui attiraient plus de 1 million de touristes par an avant la COVID-19. Karim Al-Dahdah, porte-parole pour le Québec de la Ligue monarchiste du Canada, croit que la décision de la Barbade est « malheureuse » et est surtout un coup d’éclat, dit-il. « C’est triste, car c’est motivé par des considérations politiques… Les monarchies constitutionnelles sont beaucoup plus stables et prospères que les républiques, surtout dans la zone des Caraïbes », dit-il, ajoutant qu’il aurait été plus avisé de sonder l’avis du public dans un référendum avant de prendre une décision constitutionnelle.

Question de coûts ?

Il a été question au fil des ans au Canada de couper les ponts avec la monarchie britannique. Pour Karim Al-Dahdah, cet élan vient principalement du fait que le public croit que la monarchie constitutionnelle coûte cher aux contribuables canadiens. « Les gens ne savent pas que la monarchie coûte moins cher que le prix d’un café par habitant par année. Et si nous avions notre propre chef d’État, eh bien, il y aurait des coûts là aussi, donc l’argument financier n’est pas très convaincant. »

15 nations

Marc Chevrier, professeur au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal, note que l’idée de tourner le dos à la monarchie n’est pas nouvelle. « La question revient épisodiquement. L’Australie a tenu un référendum constitutionnel sur le passage à la république en 1999. Au Québec, le gouvernement de Daniel Johnson avait proposé que le Québec devienne une république fédérée dans une union canadienne renouvelée. » À ce jour, Élisabeth II reste la chef d’État, en plus du Royaume-Uni, des 15 nations suivantes : Antigua-et-Barbuda, Australie, Bahamas, Barbade, Bélize, Canada, Grenade, Jamaïque, Nouvelle-Zélande, Papouasie–Nouvelle-Guinée, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, îles Salomon et Tuvalu.

Et le Canada ?

M. Al-Dahdah affirme que la monarchie constitutionnelle sert un peu de « garde-fou » et d’« arbitre » dans les pays où elle est implantée. « Je crois qu’au Canada, et surtout, c’est vrai, au Canada anglais, il y a un attachement à la monarchie, à la famille royale. On n’entend pas de grands appels pour faire un changement. Après le décès de la reine, il y aura une transition automatique vers le prince Charles. On entend parfois les opposants, mais je crois que la majorité silencieuse est d’accord avec le statu quo. »