Les États-Unis ont restitué mardi aux Philippines des trophées de guerre confisqués il y a près de 120 ans, soit trois cloches saisies dans une église lors d'une sanglante campagne de représailles, un geste destiné à clore un douloureux chapitre de l'histoire des deux pays.

AYEE MACARAIG AGENCE FRANCE-PRESSE

Manille réclame depuis des dizaines années le retour des cloches de Balangiga. Leur restitution survient au moment où les relations entre l'archipel et les États-Unis sont dans une phase délicate, le président philippin Rodrigo Duterte n'ayant pas fait mystère de sa volonté de se rapprocher de Pékin.

Elle sont arrivées à bord d'un avion militaire américain dans un aéroport de Manille, où s'étaient rassemblés des responsables américains et philippins en prévision d'une cérémonie officielle de remise.  

Les cloches avaient été prises dans l'église de Balangiga, localité située sur l'île de Samar, dans le centre-est de l'archipel, lors d'une expédition punitive de l'armée américaine.

Le 28 septembre 1901, des rebelles philippins armés de machettes avaient tué 48 soldats américains lors d'une attaque surprise. Les cloches sont réputées avoir donné le signal de l'assaut.  

En représailles, le général Jacob Smith ordonna que l'île de Samar soit transformée en «désert de hurlements» et que tous les Philippins de sexe masculin de 10 ans et plus soient exécutés.  

Des milliers de Philippins avaient été tués, Balangiga avait été entièrement rasée et les cloches avaient été saisies comme prises de guerre.  

Colonie espagnole depuis le XVIe siècle, les Philippines avaient été vendues aux États-Unis en 1898 à l'issue de la guerre hispano-américaine. Le pays est devenu indépendant en 1946.

«La chose à faire»

Deux des cloches étaient exposées au Wyoming, dans un mémorial pour les soldats américains tombés au champ d'honneur, tandis que la troisième était installée dans une base militaire américaine en Corée du Sud.

La restitution de ces cloches a donné lieu à controverse aux États-Unis, où certains vétérans et parlementaires jugeaient qu'elles représentaient un hommage aux Américains tombés au combat. Les Philippins les voient comme le symbole de la lutte pour l'indépendance.

Manille avait commencé à réclamer leur retour dans les années 1990. Tous les présidents successifs ont appuyé cette revendication, de même que l'Église catholique, largement majoritaire dans l'archipel.

En 2017, M. Duterte, qui n'est pas connu pour prendre des gants, avait demandé sans détours à Washington «de nous rendre ces cloches de Balangiga. Elles ne vous appartiennent pas».

Quelques mois à peine après son accession à la présidence en juin 2016, M. Duterte avait annoncé son divorce d'avec Washington de même que sa volonté de mettre la sourdine sur les revendications de Manille en mer de Chine méridionale.

Pékin a des prétentions sur la quasi totalité de cette mer stratégique.

Les soutiens de M. Duterte lui imputent le retour des cloches mais les spécialistes expliquent que les choses sont plus compliquées que cela.

«Aucun président ne peut tirer seul la couverture à lui», dit Francis Gealogo, professeur d'histoire à l'Université Ateneo de Manila. «Le peuple philippin qui a vigoureusement et activement lutté peut s'attribuer le mérite» du retour des cloches.

La décision a aussi été facilitée par le fait que des associations de vétérans américains, dont les Vétérans des guerres étrangères, ont également cessé de s'opposer à la restitution des trophées.  

En juillet, le groupe a adopté une résolution jugeant que rendre les cloches est « la chose à faire » et appelant le gouvernement à le faire.