Des élus de l'opposition sud-coréenne ont manifesté vendredi contre la venue annoncée aux jeux Olympiques d'un haut gradé nord-coréen qu'ils voient comme un « criminel de guerre » méritant rien de moins que la mort pour le torpillage d'un bateau sud-coréen en 2010.

Park Chan-kyong AGENCE FRANCE-PRESSE

Le général Kim Yong Chol dirigera la délégation officielle de huit membres du Nord qui est attendue dimanche pour la cérémonie de clôture des JO de Pyeongchang.

Les Jeux, après deux années de tensions sur la péninsule, ont favorisé une amorce de détente entre Pyongyang et Séoul.

La fille aînée du président américain, Ivanka Trump, est également annoncée à la cérémonie de clôture, ce qui provoque un casse-tête protocolaire, car Américains et Nord-Coréens ne sont pas censés se croiser.

Kim Yong Chol est soupçonné d'avoir un temps dirigé le Bureau général de reconnaissance gérant les opérations nord-coréennes d'espionnage et d'avoir ordonné notamment le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en 2010 qui avait fait 46 morts.

Environ 70 parlementaires du Parti de la liberté de Corée, l'opposition conservatrice, ont manifesté vendredi devant la Maison bleue -siège de la présidence sud-coréenne- pour demander au chef de l'État Moon Jae-in de ne pas autoriser la venue de la délégation nord-coréenne.

« Kim Yong Chol est un criminel de guerre diabolique qui a attaqué le Sud. Il mérite d'être pendu dans la rue », a déclaré dans un communiqué le chef de file du parti à l'Assemblée, Kim Sung-tae.

« Améliorer les relations »

« Nous ne pouvons admettre qu'un criminel aussi atroce, qui doit être découpé en morceaux, soit invité à la cérémonie de clôture des jeux Olympiques », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du ministère sud-coréen de l'Unification Baek Tae-hyun, a affirmé que le gouvernement était conscient de l'opposition que soulevait la visite du général nord-coréen, mais estimé qu'elle était « une chance d'améliorer les relations intercoréennes ».

Après deux années d'escalade en raison des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang, mais aussi des échanges de menaces et d'insultes entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, les jeux d'hiver ont, au-delà du sport, favorisé une intense activité diplomatique dans une des régions les plus tendues du globe.

Pour la cérémonie d'ouverture, le leader nord-coréen avait dépêché sa soeur Kim Yo Jong qui se trouvait à quelques rangs seulement du vice-président américain Mike Pence.

Elle ne lui avait pas parlé, mais avait profité de son voyage historique au Sud -le premier d'un membre de la dynastie qui dirige le Nord depuis des décennies- pour inviter le président sud-coréen à un sommet à Pyongyang.

M. Pence avait lui visité un mémorial aux victimes du torpillage du Cheonan et condamné les violations des droits de l'homme au Nord.

« Insulte »

Aux dires des responsables sud-coréens et américains, les chances d'une rencontre entre Ivanka Trump et des responsables nord-coréens sont quasi inexistantes, voire nulles.

« Lors de la cérémonie de clôture, leurs trajectoires ne se croiseront pas », a déclaré à l'agence sud-coréenne Yonhap un responsable de la Maison bleue. « Les autorités sont en train de s'étrangler sur le protocole et l'attribution des sièges à la cérémonie de clôture. »

Arrivée vendredi après-midi en Corée du Sud en compagnie de la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders, Ivanka Trump dînera en soirée avec le président Moon en sa qualité de conseillère du président américain.

L'attaque de 2010 avait été menée par un sous-marin nord-coréen, d'après les conclusions d'une enquête internationale, ce que Pyongyang dément.

Le ministère sud-coréen de la Défense avait aussi cité le nom de Kim Yong Chol dans le tir en 2010 de 170 obus ou roquettes sur l'île de Yeonpyeong, qui avait été la première attaque contre une zone peuplée de civils depuis la guerre. Ce pilonnage avait fait quatre morts, dont deux civils.

Le général n'est pas visé par les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, mais fait l'objet de mesures de rétorsion décrétées unilatéralement par Séoul, ce qui signifie que ses actifs sont gelés.

« En envoyant Kim Yong Chol, le Nord insulte le Sud et les victimes du Cheonan », a estimé vendredi dans un éditorial le quotidien Chosun Ilbo.