Le gouvernement de Hong Kong et des représentants du mouvement prodémocratie ont ébauché mardi soir un dialogue difficile après plus de trois semaines de manifestations qui continuent de perturber le fonctionnement de la mégapole chinoise.

Gaël BRANCHEREAU AGENCE FRANCE-PRESSE

Retransmises en direct par les télévisions locales, ces consultations tenues dans une petite salle de la faculté de médecine ont réuni cinq délégués étudiants et cinq personnalités de l'exécutif local dont sa «secrétaire en chef», numéro deux du gouvernement, Carrie Lam.

Les discussions commencées vers 18 h locales (6 h à Montréal) ont duré deux heures. Comme attendu, elles n'ont débouché sur aucun résultat concret, mais le gouvernement a proposé aux manifestants de se retrouver dans les jours à venir.

«J'espère que ce dialogue sera le premier de plusieurs rendez-vous», a déclaré Carrie Lam au cours d'une conférence de presse à l'issue de ces échanges destinés à mettre fin à la plus grave crise politique traversée par l'ancienne colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Dans l'après-midi, le chef de l'exécutif, Leung Chun-ying, avait présenté ce qui ressemble à une concession, mais qui pourrait laisser les manifestants de marbre.

Dans un entretien à l'AFP et à d'autres agences de presse, «C.Y.» comme on l'appelle à Hong Kong, a indiqué que si Pékin restait ferme sur l'essentiel, le comité électoral qui en l'état sélectionne et élit le numéro un du gouvernement pourrait devenir «plus démocratique».

«Il y a matière à discussion sur ce sujet, on peut rendre le comité de nomination (des candidats) plus démocratique», a-t-il dit.

Actuellement, les candidats au poste de chef de l'exécutif sont sélectionnés et élus par un comité de 1200 élus et personnalités majoritairement acquis à Pékin.

Si la Chine a accepté le principe «une voix, un vote» pour la prochaine élection en 2017, elle entend conserver le contrôle des candidats, lesquels seraient toujours sélectionnés par ce comité.

En tout état de cause, Leung Chun-ying, avec qui les protestataires refusent de dialoguer et dont ils réclament la démission, avait répété avant la réunion que les manifestants ne devaient se faire aucune illusion sur leurs chances d'obtenir des élections totalement libres en 2017.

Dans une ville où 20 % des sept millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, le suffrage universel plein et entier donnerait une voix prépondérante aux plus modestes, perspective inacceptable pour cet ancien homme d'affaires qui agite le spectre d'une désaffection des investisseurs et d'un déclassement de Hong Kong, parmi les premières places financières de la planète.



«Hong Kong n'est pas un pays indépendant»

«Si c'est entièrement un jeu de nombres et de représentation numérique, alors évidemment vous parlerez à la moitié de la population de Hong Kong qui gagne moins de 1800 $ par mois», a-t-il dit dans un entretien au Wall Street Journal et à l'International New York Times.

Ces consultations bilatérales sont les premières depuis l'accélération du mouvement de «désobéissance civile» le 28 septembre avec l'occupation de grandes avenues et de trois quartiers commerçants et administratifs, partiellement dégagés depuis par la police.

Portant un T-shirt noir «Freedom now» (La liberté maintenant), Alex Chow, secrétaire général de la Fédération des étudiants de Hong Kong (HKFS), a redit la position des manifestants: «L'option retenue par le gouvernement (...) n'est pas démocratique, juste, ouverte. Ce n'est pas une amélioration». «Nous ne voulons pas de candidats pré-sélectionnés», a-t-il lancé.

«Hong Kong n'est pas un pays indépendant qui peut décider seul de son système politique», a rappelé la secrétaire en chef.

À Admiralty, le quartier des ministères dont les protestataires ont fait leur principal site de manifestation, plusieurs milliers de personnes suivaient le débat sur écran géant.

«Je ne pense pas que nous trouverons un accord parce que ce gouvernement ignore toujours les espoirs et les aspirations du peuple», réagissait Joy Lam, une travailleuse sociale de 36 ans, résumant le sentiment général dans les rangs des manifestants.

La mobilisation a fortement faibli depuis fin septembre, mais les transports publics, la circulation automobile et l'activité économique restent considérablement gênés par les sit-in.

La police, qui a démantelé une bonne partie des barricades, pourrait continuer à dégager les sites occupés y compris pendant les discussions, a prévenu Leung Chun-ying.

PHOTO PHILIPPE LOPEZ, AFP

Les consultations tenues dans une petite salle de la faculté de médecine ont réuni cinq délégués étudiants (ci-dessus) et cinq personnalités de l'exécutif local.