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Pakistan: liberté de presse sous pression

Des journalistes réunis vendredi dans la salle de rédaction... (PHOTO ASIF HASSAN, AFP)

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Des journalistes réunis vendredi dans la salle de rédaction de Geo ont discuté des sanctions imposées par les autorités pakistanaises à la chaîne de télévision.

PHOTO ASIF HASSAN, AFP

La chaîne d'information la plus importante du pays a été suspendue vendredi par les autorités pakistanaises, qui lui reprochent d'avoir mis en cause les services secrets dans une tentative d'assassinat ciblant un journaliste-vedette.

L'Autorité gouvernementale de régulation des médias électroniques (PEMRA) a annoncé qu'une suspension de 15 jours, assortie d'une amende de près de 100 000$, avait été imposée à Geo News.

Le ministère de la Défense avait porté plainte contre la chaîne en l'accusant de mener une campagne «calomnieuse» et «scandaleuse» contre le service de renseignement interarmées pakistanais (ISI), très influent dans le pays.

Le groupe Jang, propriétaire de Geo News, a rétorqué en annonçant son intention de poursuivre l'ISI, le ministère de la Défense et le PEMRA au motif qu'ils ont «diffamé» l'organisation.

«Plus de 8000 journalistes, travailleurs et professionnels rattachés au groupe et leurs familles ne sont pas seulement harcelés, mais aussi attaqués et torturés partout au Pakistan», a déclaré l'entreprise, faisant référence à une vague d'attaques à l'endroit de son personnel au cours des dernières semaines.

Un journaliste a notamment été battu violemment, à coups de crosse de fusil, lors d'une agression survenue le 31 mai dans la ville de Multan, au Panjab, sans que le commanditaire de l'agression soit identifié.

Tentative d'assassinat

L'intervention du PEMRA découle d'une tentative d'assassinat survenue le 19 avril contre Hamid Mir, un populaire présentateur de Geo TV. Reporters sans frontières (RSF) rapporte que quatre hommes circulant à moto ont tiré sur sa voiture, le blessant gravement au ventre et aux jambes.

Peu de temps avant l'agression, le journaliste avait confié à son frère que les services secrets «conspiraient» contre lui et que l'ISI et son chef, le lieutenant-chef Zaheerul Islam, devaient être considérés comme responsables si jamais il lui arrivait quelque chose. Ses allégations ont ensuite été répétées en ondes, suscitant l'indignation du ministère de la Défense.

Hamid Mir avait enquêté à plusieurs reprises sur les activités des services de renseignement, notamment sur leur rôle dans plusieurs disparitions.

Une suspension dénoncée

La suspension de la licence de Geo News a été dénoncée vendredi par plusieurs organisations de défense des droits des journalistes, dont Reporters sans frontières (RSF), qui parle d'une «grave violation de liberté de l'information».

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, a aussi dénoncé la suspension, relevant qu'il s'agit clairement d'une décision «politiquement motivée».

«Personne ne peut en être certain, mais les preuves circonstancielles tendant à montrer que l'ISI est à l'origine de la décision du PEMRA sont très convaincantes», relève en entrevue le directeur du CPJ, Joel Simon.

La décision est d'autant plus déplorable, souligne-t-il, que le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif avait promis lors d'une rencontre en mars dernier de mettre sur pied toute une série de mesures pour mieux protéger les journalistes au pays.

«Je pense qu'il était sincère, qu'il est conscient de l'importance de défendre la liberté de presse, mais les attaques continuent et il semble ne pas pouvoir ou ne pas vouloir affronter ceux qui en sont responsables», souligne M. Simon.

Condamnations rares

Bien que les attaques contre les journalistes soient relativement fréquentes dans le pays, les condamnations sont extrêmement rares, créant un «climat d'impunité» quasi total, selon le CPJ.

Une analyse partagée par Amnistie internationale, qui a produit fin avril un rapport alarmant - intitulé Une balle a été choisie pour toi - sur la situation des journalistes pakistanais. L'organisation relève que 34 d'entre eux ont été tués pour des motifs liés à leur travail depuis le rétablissement d'un régime démocratique en 2008.

Selon Amnistie internationale, l'ISI a été impliqué dans plusieurs cas «d'enlèvement, de torture et de meurtre» de journalistes, mais aucun de ses membres n'a jamais été arrêté. Les services secrets ne sont pas la seule source de menaces, puisque divers groupes politiques ainsi que les talibans recourent aussi à la violence à leur endroit.

L'évocation des abus des droits de l'homme perpétrés par les talibans ou celle des liens possibles de leur mouvement avec l'ISI constituent deux «lignes rouges» particulièrement périlleuses à franchir pour les journalistes, selon le CPJ.

Joel Simon estime en conclusion qu'une action énergique de l'État est nécessaire pour préserver la vitalité du secteur médiatique pakistanais. «Sans une presse dynamique, il ne peut y avoir de reddition de comptes, de vrai débat public ou de compétition politique», rappelle-t-il.




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