Créatrice à ses heures, Gulnara Karimova est aussi joaillière, instigatrice de la «fashion week» ouzbèke et designer de «Guli», une marque qui vient de défiler à la semaine de la mode chinoise. À 40 ans, la fille du président ouzbek, dont la fortune est estimée à 1 milliard de dollars, n'en finit plus de se réinventer.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

Épaules dénudées, cheveux bouclés, lèvres rouge sang, la femme au visage de poupée de plastique est seule à l'arrière d'une berline. En face d'elle, la vieille ville de Boukara et son imposante mosquée. À l'exception d'un jeune homme qui court, saute et virevolte, la blonde chanteuse est seule et se languit dans des robes au luxe racoleur. Son site officiel la présente comme Googoosha, poète, mezzo soprano et beauté exotique, auteure d'un premier album en anglais sorti l'été dernier.

Mais Googoosha n'est pas seulement l'incarnation d'une pop sirupeuse influencée par la Russie. Elle est aussi Gulnara Karimova, fille du président de l'Ouzbékistan depuis 1989, Islam Karimova.

Il est peu de domaines sur lesquels Gulnara Karimova, 40 ans, mère de deux enfants, n'a pas imprimé sa marque. Détentrice d'une maîtrise en arts de Harvard, elle a été ambassadrice de l'Ouzbékistan en Espagne et auprès des Nations unies. Diplomate, donc, Gulnara est aussi professeure à l'Université de Tachkent.

Créatrice à ses heures, elle est aussi joaillière, instigatrice de la «fashion week» ouzbèke et designer de «Guli», une marque qui vient de défiler à la semaine de la mode chinoise.

Mais comment fait-elle tout cela? «L'inspiration, c'est une chose, mais j'ai de très bons amis, très talentueux, dans le monde artistique. J'ai toujours été entourée par des gens qui ont beaucoup de succès», explique-t-elle dans l'une des très complaisantes interviews que l'on peut trouver sur YouTube.

Gulnara est filmée dans son bureau, entourée de photos d'elle-même, seule ou accompagnée d'Elton John, de Kenzo ou même de Bill Clinton.

Tout naturellement, Gulnara n'est pas seulement la femme la plus connue d'Ouzbékistan. Elle est aussi la femme la plus détestée du pays, selon les câbles diplomatiques américains éventés par Wikileaks.

«Cleptocrate», selon le quotidien suisse Le Matin,Gulnara Karimova est à la tête d'une fortune estimée à 1 milliard de dollars. Selon les révélations de l'ancien ambassadeur américain à Tachkent, la fille aînée du président a «usurpé et poussé à la faillite de nombreux entrepreneurs grâce à ses relations gouvernementales». Pressentie pour succéder à son père, elle est derrière de puissantes entreprises qui règnent sur l'économie de son pays et a mis la main sur l'équipe de soccer de son pays. La justice suisse s'intéresse de près à l'une d'entre elles dans le cadre d'une enquête sur le blanchiment d'argent.

Si sa fortune lui permet d'inviter la jet-set mondiale en Ouzbékistan, ou de se faire inviter dans les événements internationaux, Gulnara Karimova est aussi rattrapée par la répression qui marque le régime de son père, qui règne d'une main de fer sur le pays. À la suite des pressions de Human Right Watch, son invitation à la Fashion Week de New York l'an dernier a ainsi été annulée à la dernière minute.

Il est des choses que l'immense fortune de Gulnara ne pourra pas acheter: la reconnaissance. «Gulnara peut avoir des admirateurs, mais elle ne sera jamais reconnue, assure l'anthropologue Sarah Kendzior dans un article publié en août dans The Atlantic. Il faut qu'elle se demande pourquoi elle cherche cette validation.»

- Avec Le MatinLe TempsThe TelegraphThe AtlanticNew York Post et AFP