Soixante-dix-sept mille Chinois du continent traversent chaque jour la frontière de Hong Kong, munis d'un visa, pour visiter le port aux parfums. Au-delà des barbelés, les touristes chinois découvrent dès la première station de métro un kiosque à journaux vendant les livres de Liu Xiaobo, dissident chinois et Prix Nobel de la paix, emprisonné 11 ans en Chine.

Patrick Alleyn, collaboration spéciale LA PRESSE

L'Union Jack a flotté sur la concession britannique durant 156 ans. Depuis 1997, on y hisse le nouveau drapeau de Hong Kong chaque jour, juste en dessous du drapeau rouge étoilé de la République populaire de Chine. La colonie réunifiée à la mère patrie sera administrée séparément durant 50 ans, en vertu de l'entente de rétrocession entre la Grande-Bretagne et la Chine.

Le 1er juillet, les Chinois du continent viendront à Hong Kong fêter le 15e anniversaire de la rétrocession. Ils seront surpris de découvrir un des éléments fondateurs du régime «un pays, deux systèmes»: le droit de manifester à Hong Kong, pratiquement inexistant en Chine continentale.

Sitôt après la cérémonie, les Hongkongais prendront la rue par milliers pour réclamer la démocratie dans leur «région administrative spéciale». Ils demanderont, comme tous les 1er juillet, l'établissement du suffrage universel dans leur territoire, prévu à l'accord de 1997, mais toujours repoussé par les autorités.

Hong Kong est le seul endroit en Chine où il est possible de commémorer les étudiants victimes de la répression sanglante du 4 juin 1989 sur la place Tiananmen, à Pékin. Demain, on attend 100 000 manifestants - ils étaient 180 000 le 4 juin dernier.

«De plus en plus de citoyens de la Chine continentale viennent à Hong Kong pour se joindre à nous pour cette marche», assure Lucy Lee, travailleuse sociale de 28 ans, qui organise depuis quelques années des chorales dans les quartiers de Hong Kong afin de chanter à la mémoire des étudiants ayant donné leur vie pour la démocratie dans la capitale, il y a 23 ans.

Cai Chongguo a manifesté, place Tiananmen, en 1989. Il est interdit de séjour dans son pays, la Chine. Aujourd'hui, il voyage entre Paris et Hong Kong. Il travaille au China Labour Bulletin, ONG défendant les droits des travailleurs en Chine. «Hong Kong nous permet de soutenir les ouvriers en Chine continentale, tout en préservant notre indépendance et notre liberté d'expression, explique-t-il. Il est maintenant aisé pour des partenaires chinois de venir nous rencontrer à Hong Kong ou encore, pour nos conseillers juridiques, de se rendre sur place.»

Selon des sondages de l'Université de Hong Kong, une majorité de Hongkongais s'identifient toujours d'abord comme hongkongais et non comme citoyens chinois. Préoccupées, les autorités ont commencé l'implantation d'un programme éducatif patriotique pour instaurer chez les enfants hongkongais «l'engagement envers la nation chinoise et l'amour de la mère patrie».