Iftikhar Muhammad Chaudhry a ordonné cette semaine la destitution du premier ministre du pays parce que celui-ci s'opposait à une enquête de corruption sur l'actuel président pakistanais. Portrait d'un juge qui a autant de partisans que de détracteurs.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry ne peut être accusé d'être intimidé par les présidents de son pays. En 2007, il a combattu avec succès une tentative du président du Pakistan Pervez Musharraf de l'évincer de la Cour suprême; les manifestations en appui au juge Chaudhry ont ultérieurement mené à la fin du règne de Musharraf. Et le 19 juin dernier, il a ordonné la destitution du premier ministre pakistanais Yusaf Raza Gilani, parce que ce dernier s'opposait à une enquête de corruption sur l'actuel président pakistanais, Asif Ali Zardari.

Le juge Chaudhry a ses partisans et ses détracteurs. Il est qualifié - avec admiration - d'«âme puritaine» par le Daily Times du Pakistan et - avec indignation - de «juge Dread», en référence au film de 1995 mettant en vedette Sylvester Stallone, par le correspondant pakistanais du India Today.

L'avocat qui l'a défendu en 2007, Aitzaz Ahsan, est maintenant celui du premier ministre Gilani. Me Ahsan avait pourtant déclaré en 2007 que «jamais plus il ne plaiderait devant le juge Chaudhry», selon le correspondant pakistanais du quotidien The Hindu. Alors que le juge Chaudhry était la figure de proue de la société civile pakistanaise lors des manifestations anti-Musharraf en 2007, il est maintenant qualifié de «juge de l'establishment» par ses critiques.

Il faut dire que le président Zardari, veuf de l'ex-première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007, est connu sous le nom de «monsieur 10%»: ce serait la ponction qu'il prendrait dans les contrats publics. Il a été condamné - avec Mme Bhutto - pour blanchiment d'argent en 2003 en Suisse, mais avait fait appel du jugement. La Suisse a suspendu le dossier en 2010 parce que M. Zardari était devenu président et donc bénéficiait d'une immunité. Le juge Chaudry veut que le premier ministre Gilani demande à la Suisse de rouvrir l'enquête.

Pour compliquer le tout, le fils du juge Chaudhry vient d'être accusé d'extorsion par un homme d'affaires proche de M. Zardari. Arsalan Iftikhar Chaudhry, 32 ans, avait déjà été mêlé à une affaire de trafic d'influence; selon les médias pakistanais, son père avait tenté de faciliter son entrée dans la police pakistanaise en 2006. Son accusateur, Malik Riaz, fait face à la justice pour corruption et Arsalan Chaudhry lui aurait demandé 3,6 millionsUS au fil des ans pour le protéger.

Détail croustillant, l'empire immobilier de M. Riaz emploie la fille du chef de l'agence anticorruption du Pakistan.

1948 > Naissance à Quetta dans une famille de classe moyenne

1974 > Devient avocat 1989> Procureur de l'État du Baloutchistan 1990 > Juge au Baloutchistan 1999 > Juge en chef du Baloutchistan 2000 > Nommé juge à la Cour suprême du Pakistan 2005 > Nommé juge en chef de la Cour suprême 2 mai 2012 > Reçoit le prix annuel de l'Association internationale des juristes pour son combat contre Pervez Musharraf Source: BBC