La Cour suprême du Pakistan a destitué mardi le premier ministre Yousuf Raza Gilani, deux mois après l'avoir condamné pour son refus de rouvrir des poursuites pour corruption contre le président du pays, et ordonné au président de le remplacer.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Reste à savoir si ce verdict va entraîner la démission immédiate de M. Gilani.

Celui-ci a déclaré à plusieurs reprises que seul le Parlement, et non la justice, pouvait ordonner sa destitution.

Mais d'autres responsables du Parti du peuple pakistanais (PPP) au pouvoir ont évoqué la possibilité qu'il soit remplacé rapidement par un autre cadre du PPP pour éviter une crise aiguë avec l'institution judiciaire et une paralysie du pouvoir.

Le verdict renforce en tout cas l'incertitude politique et la fragilité d'un gouvernement déjà aux prises avec une violente rébellion islamiste, menée par les talibans alliés à Al-Qaïda, et une grave crise économique et sociale.

Il pourrait également entraîner des élections législatives anticipées avant le début 2013, date prévue du prochain scrutin.

Le PPP a convoqué une réunion d'urgence juste après l'annonce du verdict, a annoncé la télévision publique.

« Le président Zardari préside cette réunion destinée à examiner la situation et à laquelle participe le premier ministre » Gilani, a déclaré à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert de l'anonymat.

« Yousuf Raza Gilani est destitué de son rang de parlementaire » à partir du 26 avril, date de sa condamnation, avait auparavant déclaré le président de la Cour Suprême, le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, en lisant l'arrêt de la cour.

« Il cesse également après la même date d'être premier ministre du Pakistan, et ce poste doit être considéré comme vacant », a-t-il ajouté.

« La Commission électorale devra notifier officiellement cette destitution » et « le président devra prendre les mesures nécessaires pour assurer la continuité du processus démocratique », notamment l'élection d'un nouveau premier ministre, a-t-il ajouté.

M. Gilani est le premier premier ministre en exercice à avoir été ainsi condamné dans l'histoire du Pakistan, indépendant depuis 1947.

Aux termes de la Constitution pakistanaise, une personne reconnue coupable d'avoir porté atteinte à l'honneur de la justice ou de l'avoir ridiculisée peut être empêchée de siéger au Parlement, condition sine qua non pour être premier ministre.

La Cour suprême réclame la réouverture de poursuites contre le président Zardari pour des détournements présumés de fonds publics de l'ordre de 12 millions de dollars en compagnie de son épouse Benazir Bhutto alors qu'elle était première ministre (1988-90 et 1993-96) et lui un de ses ministres.

Les soubresauts politiques du Pakistan sont suivis de près par les puissances occidentales, à commencer par les États-Unis, parce qu'il est la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman, et l'un des sanctuaires de puissants réseaux islamistes, dont Al-Qaïda.