Six ans après le tsunami qui avait fait plus de 200 000 morts en Asie du Sud-Est, Titik Yuniarti s'accroche encore à l'espoir qu'au moins un de ses enfants soit toujours en vie. Comme d'autres mères de famille, elle multiplie les initiatives pour tenter d'obtenir des informations.

Robin McDowell ASSOCIATED PRESS

En début de mois, ses recherches ont failli lui coûter la vie. Cette femme de 43 ans a suscité la colère de villageois alors qu'elle tentait de rencontrer une fillette qu'elle pensait être son enfant. Les habitants de Langsa l'ont accusée de vouloir enlever l'enfant et l'ont pratiquement battue à mort.

Le 26 décembre 2004, un puissant séisme de magnitude 8,9 avait déclenché un tsunami qui avait fait 230 000 morts selon les estimations dans douze pays de l'océan Indien, de la Thaïlande au Sri Lanka. La province indonésienne d'Aceh avait été la plus touchée, avec 164 000 morts, dont 37 000 n'ont jamais été retrouvés. Leurs corps avaient probablement été emportés par les eaux.

Six ans après, l'aide humanitaire internationale a permis de reconstruire des centaines de milliers de maisons, des écoles et des routes. Mais pour beaucoup, il est difficile de tourner la page et certains continuent à tenter de retrouver la trace de leurs enfants.

Titik Yuniarti a perdu toute sa famille dans la catastrophe. Début décembre, elle s'est lancée à la recherche de sa fille cadette, Salwa. Un voyage inspiré par un rêve que venait de faire sa mère: la fillette y apparaissait et expliquait qu'elle avait été recueillie par une famille de Langsa à Aceh.

Après plusieurs heures de route, Titik s'est rendue sur place avec une amie. Elles sont allées dans des écoles, ont parlé aux directeurs, aux enseignants et aux élèves. Elles ont également rencontré la police et des chefs de quartier.

«Après trois jours, nous avons finalement rencontré une petite fille prénommée Febby», raconte Titik sur son lit d'hôpital, le visage couvert de bleus, le cou enflé et une intraveineuse dans le bras. «Elle avait les mêmes cheveux noirs emmêlés, un grain de beauté au-dessus des lèvres», explique-t-elle d'une voix douce, le sourire fragile. «Certaines personnes m'ont même dit qu'elle avait perdu ses parents dans le tsunami et avait été adoptée. J'avais toujours peur d'y croire, mais dans mon coeur, je me disais, c'est elle... C'est vraiment elle».

Mais lorsqu'elles sont revenues le lendemain, une femme se disant la mère de Febby les a interceptées et leur a demandé leurs intentions. Un attroupement s'est formé, atteignant plus d'une centaine de personnes. Certains ont commencé à raconter qu'elle voulait peut-être enlever la petite fille de douze ans pour vendre ses organes. Les cris ont fusé: «Pendez-la! Pendez-la!» D'autres ont mis le feu au bâtiment dans lequel les deux femmes s'étaient réfugiées. Lorsqu'elles sont sorties, elles ont été frappées à coups de bâtons et de pierres, malgré les coups de semonce tirés par la police pour disperser la foule.

Les policiers ont finalement pu récupérer le corps meurtri de Titik et l'ont emmenée à l'hôpital. Son amie a elle aussi été gravement blessée. La mère de famille, qui a également perdu son mari, une fille âgée de trois ans et un fils de neuf ans, veut un test ADN sur l'enfant, affirmant que c'est sa dernière chance.

La mère de Febby, Ainun Mardiah, affirme qu'elle s'y pliera si cela peut mettre un terme au conflit. Sa fille a été traumatisée par les événements et refuse de retourner à l'école. «Je me sens juste en colère, perdue», explique cette femme de 34 ans. Elle a déménagé de Banda Aceh, la capitale provinciale, à Langsa avec son mari et leur enfant après le tsunami, dans l'espoir de démarrer une nouvelle vie. «Je veux juste qu'on en finisse avec tout ça».

Un programme du gouvernement qui a permis de réunir près de 1.600 enfants avec leurs parents a pris fin en 2006. Si les autorités acceptent encore d'aider les personnes qui le souhaitent, le nombre de requêtes a chuté, selon Farida Zuraini, qui travaille pour le ministère provincial des Affaires sociales à Banda Aceh.

Maisarah, qui n'a qu'un seul nom comme de nombreux Indonésiens, fond en larmes lorsqu'on l'interroge sur son mari et ses trois enfants, tous emportés par les vagues. Elle dit avoir perdu espoir après avoir passé plusieurs années à arpenter des orphelinats. Elle avait même fait des centaines de kilomètres pour voir une fillette vue sur une photo et qui ressemblait à sa fille. «Le plus important pour moi était de connaître la vérité».

Suryani, elle, n'a toujours pas abandonné. Et un test ADN négatif ne l'a toujours pas convaincu que Riko Angarra, un petit garçon âgé de 11 ans et apparu dans une émission de télévision, n'était pas son fils. «Quand nous l'avons vu chanter à la télévision, j'ai hurlé à mon mari «C'est Rahmat! C'est lui!'», raconte-t-elle, montrant des photos des deux garçons. «Regardez juste les cicatrices sur les visages!» Cette histoire a fait la «une» en Indonésie mais un test ADN a montré que ce n'était pas son fils. Son mari et elle n'ont pas été convaincus. Ils ont demandé un nouveau test.