L'opposante birmane Aung San Suu Kyi, dissidente la plus célèbre du monde, détenue pendant 15 des 21 dernières années, a fêté samedi ses 65 ans en résidence surveillée, pendant que les appels à sa libération se multipliaient dans le monde.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Unique prix Nobel de la paix à être privée de liberté, Mme Suu Kyi a été au coeur de petites manifestations aux quatre coins de la planète, signe de la fidélité de ses partisans en dépit d'un poids politique en déclin.

En Birmanie même, environ 400 de ses partisans ont organisé samedi une fête en son honneur et en son absence, la «Dame» de Rangoun ne pouvant quitter sa demeure familiale délabrée. Le pays est gouverné par des généraux depuis 1962.

Dès vendredi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a répété qu'il souhaitait que «tous les prisonniers politiques, y compris Mme Aung San Suu Kyi, soient libérés sans conditions le plus tôt possible, de sorte qu'ils puissent participer au processus politique, puisque des élections sont prévues cette année en Birmanie»

Le président américain Barack Obama a, de même, appelé «le gouvernement birman à libérer Aung San Suu Kyi et tous les prisonniers politiques immédiatement et sans conditions et afin de voir une Birmanie plus stable et plus prospère qui respecte les droits de ses citoyens».

Les sénatrices américaines du groupe parlementaire des «femmes pour la Birmanie» ont lancé un appel similaire.

Samedi, le premier ministre britannique David Cameron a promis de faire tout ce qu'il peut pour mettre fin à «l'injustice» que représente la détention de Mme Suu Kyi.

«Vous célébrez aujourd'hui encore un nouvel anniversaire en résidence surveillée, coupée de vos enfants et de votre famille. L'injustice de votre détention prolongée reflète l'injustice que le régime fait subir à votre pays et à votre peuple depuis tant d'années», a écrit le chef du gouvernement de Londres dans une lettre ouverte.

Depuis 2003, Aung San Suu Kyi est restée constamment assignée à résidence. Elle a passé près de 15 ans, en trois périodes distinctes, privée de liberté depuis le début de son combat pour la démocratie en 1988.

Des militants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ont décidé de planter vingt mille arbres dans le pays pour honorer le combat de cette femme fine à la voix douce, épouvantail d'un des régimes militaires les plus fermés du monde.

«Nous sommes persuadés que le message politique d'Aung San Suu Kyi continuera à grandir à mesure que les arbres pousseront», a déclaré l'avocat Aung Thein, l'un des responsables de la LND.

«Nous, les membres de la LND, ses amis et collègues, prions pour sa libération rapide», a déclaré Win Tin, ancien prisonnier politique et figure historique de la LND.

Le parti de l'ennemie intime du généralissime Than Shwe, homme fort de la junte birmane, est aujourd'hui moribond.

La LND, vainqueur des élections législatives de 1990, mais écartée du pouvoir, a été dissoute par les autorités en mai dernier après avoir décidé de boycotter un scrutin prévu d'ici à la fin de l'année.

Vendredi, des militants ont manifesté à Hong Kong devant le consulat général de Birmanie, ainsi qu'à Manille.

Samedi, 170 personnes, essentiellement des Birmans, ont manifesté à Tokyo pour la libération de la dissidente.

D'autres rassemblements étaient prévus, notamment à Auckland, Washington et Londres. Ailleurs en Grande-Bretagne, des militants ont annoncé des «flashmobs» (rassemblement-éclairs) avec des masques de la dissidente.

Le premier ministre malaisien Najib Razak a appelé à la «réconciliation nationale» en Birmanie.

En mai 2009, Mme Suu Kyi attendait sa libération lorsqu'un illuminé américain s'est introduit à son domicile après avoir traversé un lac de Rangoun à la nage. En août dernier, elle avait été condamnée à 18 mois supplémentaires de résidence surveillée, ne devenant libérable qu'en fin d'année.