La Chine, allié jusqu'ici indéfectible de la Corée du Nord, a de plus en de plus de mal à défendre son incontrôlable voisin et pourrait pencher du côté de sanctions plus lourdes, après le deuxième essai nucléaire de Pyongyang qu'elle a condamné très fermement.

Robert Saiget AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce test, qui fait suite à celui d'octobre 2006, a fait monter d'un cran la tension dans la région un mois après la décision de Pyongyang de se retirer des discussions internationales sur sa dénucléarisation, dont Pékin est l'hôte depuis 2003. «La Chine devra soutenir indéniablement une autre résolution du Conseil de sécurité ou elle risquera un isolement total», juge Victor Cha, de l'Université de Georgetown (Etats-Unis), impliqué dans le dossier nord-coréen au sein du Conseil de sécurité sous le deuxième mandat de George W. Bush.

Pour Jia Qingguo, doyen de l'Ecole des études internationales de l'Université de Pékin, si Pyongyang refuse de revenir aux discussions à Six -- qui impliquent les Etats-Unis, les deux Corées, le Japon et la Russie --, Pékin n'aura guère d'autre choix que de soutenir de nouvelles sanctions.

«Ce ne sera pas une question de six mois, cela se passera en une ou deux semaines», juge-t-il.

Membre permanent du Conseil de sécurité et doté du droit de veto, la Chine a la capacité de s'opposer à toute nouvelle sanction contre la Corée du Nord.

En octobre 2006, elle s'était déjà associée à la résolution 1718, la plus forte action internationale contre la Corée du Nord depuis la fin de la guerre de Corée (1953), prévoyant notamment l'inspection des bateaux sortant ou se dirigeant vers le pays. Mais, en raison du peu d'empressement de Pékin à les appliquer, la résolution n'avait eu guère d'effet.

L'une des grandes différences en Chine même avec octobre 2006 est la forte réaction, dans les médias et sur l'internet.

«La Chine n'a plus besoin de maintenir son ancienne politique envers ce voisin fauteur de troubles», affirme Sun Zhe, expert des relations sino-américaines à l'Université Tsinghua, cité par le journal Global Times.

«Le gouvernement chinois devrait donner une leçon» à la Corée du Nord, a-t-il dit.

Les internautes ne se privent pas également de critiquer le petit voisin, où l'un des fils de Mao, appartenant aux volontaires envoyés par Pékin, avait été tué par des bombardements américains durant la guerre de Corée (1950-1953).

«La Corée du Nord est un chien qu'on ne peut pas rassassier, elle veut dialoguer directement avec les Etats-Unis, la Chine n'a pas besoin de soutenir la Corée du Nord», dit un internaute sur le site Sina.com.

«S'il y avait une nouvelle guerre, je m'opposerais à ce que la Chine y participe», explique un autre, depuis le Canada.

Pour certains analystes, le talon d'achille de la Corée du Nord, l'un des pays les plus pauvres au monde, est l'économie et le commerce.

La Chine représente les trois quarts des échanges nord-coréens avec l'étranger et la plupart des importations dépendent des prêts accordés par Pékin.

«Si la situation continue à se détériorer, la Chine réduira son commerce avec la Corée du Nord», juge Shi Yinhong, directeur du Centre des études américaines de l'Université populaire.

Pour M. Cha, la Chine dispose aussi d'une influence discrète, qui passe par les relations militaires et les liens politiques entre les deux Partis communistes.

«Le genre de sanctions que la Chine a besoin d'exercer ne se voient pas dans les statistiques commerciales officielles, mais dans les liens invisibles entre les Partis et entre les militaires», relève-t-il.

«A travers ces canaux, la Chine peut faire beaucoup de choses efficaces», ajoute-t-il.