Après un mois de scrutin, l'Inde était prête pour une course de tous les instants et un verdict serré. Mais c'est finalement une victoire claire du parti au pouvoir et du premier ministre sortant, Manhoman Singh, qui attendait plus d'un milliard d'Indiens hier matin.

Philippe Mercure, envoyé spécial LA PRESSE

«Ils sont tellement loin derrière! Tellement loin!» Mahesh Purohit, 28 ans, a accusé le coup, les yeux rivés sur les écrans de télé. Ses écrans de télé.

Mahesh Purohit est propriétaire d'une minuscule boutique de téléviseurs dans une rue encombrée du centre-ville de Bangalore, dans le sud de l'Inde. Hier matin, comme une dizaine de badauds venus suivre le dévoilement des résultats sur ses écrans, il vu son parti favori - le Bharatiya Janata Party (BJP), nationaliste hindou - encaisser une dure défaite.

La lutte annoncée n'a jamais eu lieu. La plus grande démocratie du monde a choisi de donner un appui solide au Parti du Congrès de Sonia Gandhi et du premier ministre sortant, Manhoman Singh.

Au moment de mettre sous presse, on comptait que le Parti du Congrès et ses alliés avaient remporté 260 sièges, contre 160 pour le BJP. La défaite est aussi amère pour la «reine des Intouchables», Mayamati Kumari, devenue la figure de proue d'une nouvelle coalition regroupant une myriade de partis de gauche et de partis régionaux.

La «troisième voie» de Mme Kumari n'a récolté que 80 sièges, loin des 111 que lui prédisaient les sondages.

Les coudées franches

Même si le Congrès et ses alliés obtiennent moins de 272 sièges, le chiffre magique pour détenir la majorité, tout le monde s'accordait à dire hier que leur avance est telle qu'ils n'auront aucune difficulté à convaincre une douzaine de députés de se joindre à eux pour gouverner.

«Nous acceptons le verdict du peuple», a d'ailleurs dit Arun Jaitley, le secrétaire général du BJP.

Manmohan Singh, 76 ans, devrait donc demeurer premier ministre.

«J'exprime ma profonde reconnaissance aux gens du pays pour le mandat clair qu'ils ont donné à notre coalition», a dit hier M. Singh.

Oubliez les manifestations d'exubérance: à Bangalore, la Mecque technologique du pays et l'une des villes qui croît le plus vite au monde, on a accueilli hier le verdict avec un stoïcisme mêlé d'indifférence.

Devant la boutique de télés de M. Purohit, bien malin qui aurait pu deviner qui se réjouissait de la victoire du Congrès et qui déplorait la défaite du BJP. Femmes en sari ou en tchador, hommes en chemise ou en tunique musulmane, tous affichaient un visage résolument neutre. Dans ce pays où les temples hindous sont érigés à deux pas des mosquées et des églises, et qui a connu son lot de tensions au fil des ans, on ne parle souvent politique que du bout des lèvres.

On a bien vu quelques étudiants en vélo brandir d'immenses drapeaux. Mais sinon, la métropole n'a pas interrompu son rythme d'enfer - vaches sacrées et rickshaws qui jouent dans le trafic, mendiants et hommes d'affaires qui se faufilent sur des trottoirs encombrés, bric-à-brac et hyperactivité généralisés - qui bat son plein même le samedi.

«Je suis soulagé, dit tout de même Sajjad Ahmed Shariff, 48 ans, un musulman qui craignait la ligne pro-hindoue du BJP comme plusieurs membres des minorités du pays.

«Encore cinq ans d'inaction», a quant à lui soupiré Mahesh Purohit en retournant à sa boutique... une fois les badauds partis et sûr que personne ne pouvait entendre son opinion.

- Avec BBC et Times of India