Une centaine de moines tibétains ont été interpellés dans une ville à forte population tibétaine du nord-ouest de la Chine après l'attaque d'un poste de police, a rapporté dimanche l'agence Chine Nouvelle.

Marianne Barriaux AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces incidents sont les premiers d'une telle ampleur intervenus cette année dans les régions tibétaines de l'ouest de la Chine. Ils surviennent deux semaines après le 50e anniversaire, le 10 mars, d'une rébellion tibétaine réprimée par la Chine -- au cours de laquelle le dalaï lama s'était enfui en exil -- dans un contexte de forte tension au Tibet et dans les provinces voisines, où Pékin a tout fait pour empêcher des commémorations.

«La police a arrêté six personnes ayant participé à l'attaque. 89 se sont rendues», a indiqué Chine Nouvelle.

«Sur les 95 personnes (interpellées), toutes sauf deux sont des moines du monastère de Rabgya», situé à côté de la ville où s'est produite l'attaque, dans les montagnes du Qinghai, a précisé l'agence.

Toujours selon l'agence, près de 100 moines du monastère ont pris part à cette émeute au cours de laquelle des manifestants ont attaqué des policiers et des responsables officiels, en blessant certains légèrement.

Le nombre de manifestants reste incertain, Chine Nouvelle ayant également évoqué la présence de plusieurs centaines de manifestants.

Contacté par l'AFP, un policier de Rabgya n'a pas souhaité commenter l'information et aucun de ses collègues n'était joignable.

Selon Chine Nouvelle, les manifestants ont réagi à des «rumeurs» sur la disparition d'un homme interrogé vendredi pour avoir «appelé à "l'indépendance du Tibet"». Toujours selon l'agence officielle, cet homme portant le nom tibétain de Zhaxi Sangwu s'est échappé samedi d'un poste de police de Rabgya avant de disparaître.

Une habitante de Rabgya a entendu dire que l'homme arrêté était un moine, a-t-elle indiqué à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

«J'ai entendu dire que des moines et d'autres personnes se sont rassemblés devant le poste de police après le suicide du moine qui s'est jeté dans le fleuve», a-t-elle déclaré.

Cette habitante a également fait état d'une importante présence militaire dimanche dans la ville. «Je ne suis pas sortie hier ni aujourd'hui car on m'a déconseillé de le faire», a-t-elle encore témoigné.

Pour le 50e anniversaire de l'insurrection de mars 1959, la sécurité a été largement renforcée ces dernières semaines, selon des témoins, au Tibet et dans les zones avoisinantes peuplées de minorités tibétaines, régions de facto interdites à la presse étrangère.

La commémoration du 49e anniversaire, qui avait débuté l'an dernier par des manifestations pacifiques, avait dégénéré le 14 mars en émeutes à Lhassa, la capitale du Tibet. Les troubles, meurtriers, s'étaient ensuite étendus aux régions à population tibétaine.

Pékin accuse le dalaï lama, lauréat 1989 du prix Nobel de la paix, d'être un dangereux séparatiste sous le couvert de la religion et punit sévèrement les supposés tenants de l'indépendance du Tibet.

Homme politique pragmatique, le bonze a en fait renoncé depuis longtemps à l'indépendance du Tibet au profit d'une prudente «autonomie culturelle».

Dimanche, le panchen lama, seconde figure spirituelle du Tibet après le dalaï lama, mais désigné par Pékin, a de nouveau appelé le peuple tibétain à soutenir le Parti communiste chinois.

«Tous les moines et les nonnes devraient faire preuve de patriotisme, respecter la loi et les commandements et étudier attentivement l'essence du bouddhisme», a-t-il déclaré, selon Chine Nouvelle.