Des milliers de «chemises rouges» - surnom des partisans de l'ex-Premier ministre thaïlandais en exil Thaksin Shinawatra - se sont rassemblés mardi à Bangkok en vue d'un défilé vers le siège du gouvernement qu'ils ont l'intention d'encercler avant un sommet régional.

Mis à jour le 23 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

La police a évalué la foule à quelque 10 000 personnes dans le parc de Sanam Luang, point de départ du défilé qui a contraint le gouvernement à déplacer sa réunion hebdomadaire vers la station balnéaire de Hua Hin, au sud de la capitale.

Les protestataires ont commencé à marcher vers 10h45 locales, selon une journaliste de l'AFP.

La manifestation des «chemises rouges» intervient à quelques jours d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean), sommet organisé à Hua Hin de vendredi à dimanche par la Thaïlande qui préside ce groupement.

Les «chemises rouges» ont annoncé leur intention d'organiser un sit-in autour du siège du gouvernement à Bangkok pour exiger la dissolution du Parlement, la tenue de nouvelles élections et le rétablissement de la Constitution de 1997, abolie par l'armée.

«Nous allons marcher pacifiquement et je ne m'attends pas à des affrontements» avec la police anti-émeutes, a déclaré Jatuporn Prompan, un des leaders du mouvement pro-Thaksin.

«Nous n'occuperons pas le siège du gouvernement et nous déciderons de la durée (du sit-in) à l'extérieur au jour le jour», a-t-il ajouté.

M. Thaksin, puissant homme d'affaires de 59 ans, a gouverné la Thaïlande de 2001 à 2006 avant d'être renversé par des généraux royalistes qui l'ont accusé de népotisme et de corruption. M. Thaksin s'est réfugié à l'étranger mais ses lieutenants étaient revenus aux affaires à la faveur des élections législatives de décembre 2007.

Des manifestants royalistes, surnommés les «chemises jaunes», se sont fortement mobilisés dans la deuxième moitié de 2008 et ont organisé des actions «coup de poing» contre le pouvoir pro-Thaksin, occupant en août le siège du gouvernement et en novembre les deux aéroports de Bangkok.

Finalement, le 2 décembre, la Cour constitutionnelle a ordonné la dissolution du parti au pouvoir, ce qui a favorisé un renversement d'alliance parlementaire et l'avènement d'un nouveau Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, adversaire de M. Thaksin.

Quelque 6 400 policiers et soldats ont été mobilisés mardi par crainte que les «chemises rouges» ne prennent d'assaut le siège du gouvernement à Bangkok.

M. Abhisit a estimé que les forces de sécurité étaient en mesure de gérer la situation, sans recours à la violence, et a annoncé qu'il irait travailler normalement mercredi à «Government House».

«Non, je ne suis pas du tout inquiet», a-t-il dit en arrivant à Hua Hin.

M. Jatuporn a déclaré, pour sa part, que les manifestants ne chercheraient pas à perturber le sommet de l'Asean à Hua Hin en fin de semaine. «Nos activités se dérouleront seulement à Bangkok», a-t-il précisé.

Les «chemises rouges» exigent également que soient traduits en justice les leaders des «chemises jaunes», responsables du blocus des aéroports qui avait déstabilisé l'industrie touristique en novembre et en décembre.

Les lieutenants de M. Thaksin ont notamment pris pour cible Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Abhisit, qui avait participé aux manifestations des «chemises jaunes» dans les aéroports.