(Hong Kong) Le gouvernement de Hong Kong a annoncé mercredi l’annulation des passeports de six militants prodémocratie en exil au Royaume-Uni pour échapper à la répression de la dissidence sur le territoire chinois, les autorités les qualifiant de « criminels sans foi ni loi ».  

Depuis que les autorités ont réprimé les immenses manifestations prodémocratie de 2019, la répression de la dissidence s’est intensifiée à Hong Kong après l’adoption de lois sur la sécurité qui, selon des pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis, ont mis fin aux libertés dans le centre financier.

L’an dernier, l’exécutif hongkongais avait proposé une récompense d’un million de dollars hongkongais (119 000 euros) pour la capture de 13 militants prodémocratie réfugiés à l’étranger, parmi lesquels figurent ces six personnes, en les accusant d’infractions à la loi drastique sur la sécurité nationale.

Les six militants « continuent à se livrer ouvertement à des activités qui menacent la sécurité nationale […] Nous avons donc pris des mesures pour leur porter un coup sévère », a déclaré un porte-parole du gouvernement dans un communiqué, citant notamment « l’annulation » de leurs passeports émis par Hong Kong.

« Leur comportement odieux a gravement mis en danger la sécurité nationale, porté atteinte aux intérêts fondamentaux de Hong Kong et affecté le principe “Un pays, deux systèmes” », a de son côté affirmé Lin Jian, un porte-parole de la diplomatie chinoise.  

Il s’agit de Nathan Law, une des figures de proue du mouvement prodémocratie et ancien élu au sein du Conseil législatif du centre financier, du syndicaliste chevronné Mung Siu-tat et des activistes Simon Cheng, Finn Lau, Fok Ka-chi et Choi Ming-da.  

PHOTO HENRY NICHOLLS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Nathan Law

Pour justifier cette mesure, les autorités de Hong Kong ont invoqué la deuxième loi sur la sécurité nationale entrée en vigueur en mars, qui découle de l’article 23 de la « Basic Law », la mini-Constitution de Hong Kong, obligeant depuis 1997 les autorités locales à adopter une loi protégeant la sécurité nationale.

« Mesures nécessaires »

Le chef de la sécurité Chris Tanga a défendu ces nouvelles mesures « nécessaires », affirmant que les militants étaient « hébergés au Royaume-Uni et qu’ils continuaient à être de connivence avec des forces étrangères ».

Le militant Finn Lau a pour sa part expliqué être uniquement titulaire d’un passeport britannique d’outre-mer (BNO, « British National Overseas »), délivré aux Hongkongais nés avant la rétrocession de la colonie à la Chine en 1997, et qu’il ne disposait pas d’un passeport délivré par Hong Kong.

« Il est ridicule d’annuler quelque chose qui n’a jamais existé », a-t-il déclaré dans un communiqué publié sur le réseau social X.

Déterminé à continuer « à défendre les droits humains et la démocratie », il estime qu’« un tel recours à l’ordonnance de l’article 23 […] est un acte explicite de répression transnationale et une autre violation de la déclaration conjointe sino-britannique » qui garantit à Hong Kong un degré élevé d’autonomie « au moins jusqu’en 2047 ».  

« Poursuivis à vie »

« Vous pouvez annuler mon passeport, mais vous ne pourrez jamais révoquer mon identité en tant que Hongkongais », a affirmé pour sa part M. Mung.

Nathan Law a qualifié cette mesure de « superflue » puisqu’il a obtenu l’asile au Royaume-Uni en 2021.

« Quant aux autres mesures prises en vertu (de la loi sur la sécurité nationale), si elles suscitent des inquiétudes chez des amis à Hong Kong, veuillez faire passer votre sécurité personnelle en premier », a écrit M. Law sur Facebook.

Simon Cheng, qui a créé l’ONG Hongkongers in Britain, a estimé que les mesures des autorités hongkongaises auraient peu d’effet sur sa vie quotidienne, mais a condamné son gouvernement parce qu’il essaie de l’« isoler de (ses) soutiens et alliés ».

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Simon Cheng

Le chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, sanctionné par les États-Unis pour son rôle en tant que responsable de la sécurité en 2019, a déclaré que les militants recherchés seraient « poursuivis à vie » et les a appelés à se rendre.

Les autorités ont précisé que toute personne mettant à disposition des fonds, louant un bien ou gérant une entreprise avec ces militants est passible de sept ans d’emprisonnement.

Cinq autres personnes ont été arrêtées à Hong Kong, accusées d’avoir soutenu financièrement des militants recherchés. Elles ont ensuite été libérées sous caution.  

Depuis un an, une quarantaine de membres de la famille et d’anciens collègues des personnes recherchées à Hong Kong ont été interrogées par la police.  

L’annonce de Hong Kong survient au moment du cinquième anniversaire du mouvement prodémocratie qui a débuté au printemps 2019.

En juin 2020, Pékin a imposé une première loi sur la sécurité nationale pour réprimer le mouvement, ce qui a conduit à l’arrestation de près de 300 personnes.