(Erevan) Des dizaines de personnes ont été blessées mercredi en Arménie lors d’une manifestation devant le Parlement pour exiger la démission du premier ministre Nikol Pachinian, après que la police a fait usage de grenades assourdissantes.

Ce pays du Caucase est secoué depuis des semaines par un mouvement de contestation en réaction à la cession de plusieurs villages frontaliers à l’Azerbaïdjan. Les deux pays se sont livré deux guerres en raison de différends territoriaux ces trente dernières années.

Mercredi, des milliers de personnes se sont rassemblées pour exiger le départ de M. Pachinian, qui s’exprimait devant les députés. Ce rassemblement a donné lieu à des scènes chaotiques, les manifestants tentant d’enfoncer le cordon policier et la police faisant usage de grenades assourdissantes.

Les manifestants blessés ont été transportés vers des hôpitaux dans des ambulances, certains ayant des blessures aux jambes ou à l’abdomen, a constaté un photographe de l’AFP.

Selon les autorités médicales du pays, au moins 79 personnes ont demandé une assistance médicale.

PHOTO HAYK BAGHDASARYAN, ASSOCIATED PRESS

Une grenade assourdissante de la police explose lors d’un rassemblement contre le premier ministre Nikol Pachinian à Erevan, en Arménie, mercredi 12 juin 2024.

Le ministère de l’Intérieur a rapporté l’arrestation de 98 personnes pour « avoir désobéi aux demandes légitimes de la police ». Selon lui, six policiers ont été blessés.

Les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête pour « organisation d’émeutes ». En début de soirée, les manifestants ont organisé une marche en direction du siège du gouvernement.

La contestation contre M. Pachinian est menée par le charismatique archevêque Bagrat Galstanian, qui a harangué la foule mercredi en dénonçant les cessions de territoires à l’Azerbaïdjan, qu’il juge « illégales ». Il a dénoncé des « concessions unilatérales et humiliantes » de l’Arménie.

S’adressant aux députés, Nikol Pachinian a assuré qu’Erevan était prêt à signer un accord de paix avec Bakou « d’ici un mois ».

M. Pachinian défend la récente cession de quatre villages frontaliers à l’Azerbaïdjan comme une concession nécessaire pour éviter un nouveau conflit avec Bakou. Ces villages sont situés dans une zone comportant une autoroute stratégique vers la Géorgie voisine.

Froid avec Moscou

Le meneur de la contestation, Bagrat Galstanian, a temporairement abandonné son travail religieux pour tenter de se porter candidat au poste de premier ministre, bien qu’il ne soit pas éligible en raison de sa double nationalité arménienne et canadienne.

Nikol Pachinian, lui-même porté au pouvoir après des manifestations en 2018, a été contesté dans la rue à plusieurs reprises ces dernières années, sans vaciller.

PHOTO BERTRAND GUAY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le premier ministre de l’Arménie, Nikol Pachinian

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont affrontés lors de deux guerres, l’une dans les années 1990 remportée par l’Arménie et la deuxième en 2020, remportée par l’Azerbaïdjan. Bakou a aussi remporté une victoire éclair en 2023 sur les séparatistes arméniens du Haut-Karabakh, reprenant le contrôle de cette enclave.

Cette défaite a envenimé les relations entre l’Arménie et son traditionnel allié russe, accusé par Erevan d’inaction.

M. Pachinian a affirmé mercredi que son pays quitterait l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire de pays d’ex-URSS menée par Moscou. Il n’a toutefois pas donné de délai clair pour cette sortie.

Après la perte du Karabakh, Erevan a cherché à forger de nouvelles alliances de sécurité en renforçant ses liens avec l’Occident.

Les remarques de M. Pachinian au Parlement interviennent au lendemain d’une déclaration commune de son ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoïan, et du secrétaire d’État adjoint américain, James O’Brien, assurant que Washington et Erevan ont convenu « d’élever le statut de (leur) dialogue bilatéral » en vue d’un « partenariat stratégique ».