(Tokyo) Le portrait du fondateur de la Chine communiste, Mao Zedong, a fait une apparition imprévue aux Jeux de Tokyo et le Comité international olympique (CIO) a annoncé mardi qu’il « se penchait sur le dossier ».

Graham Dunbar et Joe McDonald Associated Press

Le geste posé par les athlètes chinoises d’arborer des épinglettes à l’effigie de Mao lors de la cérémonie de remise des médailles risque bien d’être jugé comme une violation de la règle 50 de la charte olympique qui interdit toute manifestation politique sur le podium.

Après avoir remporté l’épreuve du sprint féminin en cyclisme sur piste lundi, Bao Shanju et Zhong Tianshi ont accroché des épinglettes du visage de Mao sur leur uniforme. Celui qui a procédé à la création de la République populaire de Chine, en 1949, demeure une icône chinoise 45 ans après son décès survenu en 1976.

Cet incident s’est produit au lendemain d’un autre geste posé cette fois par une Américaine. La médaillée d’argent au lancer du poids, Raven Saunders, a croisé les bras au-dessus de sa tête en se tenant sur le podium. Elle se tenait aux côtés de la Chinoise médaillée d’or.

Il n’était toutefois pas clair, mardi, si le geste d’arborer des épinglettes de Mao était une réaction à l’incident du podium du lancer du poids.

« Nous avons communiqué avec le Comité olympique chinois, on leur a demandé un rapport sur cet évènement », a indiqué le porte-parole du CIO Mark Adams lors de sa conférence de presse quotidienne aux Jeux de Tokyo.

Ce type d’épinglette était porté par des centaines de millions de personnes dans les années 1960 afin de montrer leur allégeance au président du Parti communiste et à sa révolution culturelle ultra-radicale lancée en 1966. Le chef communiste actuel, Xi Jinping, a invoqué l’image de Mao dans sa tentative de se positionner comme un grand leader dans l’histoire de la Chine.

Lors d’un évènement, le 1er juillet, Xi Jinping s’est présenté sur la place Tiananmen dans un veston gris identique à celui que porte Mao sur l’immense portrait qui trône sur les lieux. Les autres représentants du parti qui étaient présents pour l’occasion portaient des complets bleus.

Des militants des droits de la personne ont surnommé les Jeux de Pékin, qui doivent s’ouvrir en février prochain, les « Jeux du génocide » en raison du traitement réservé par le régime à la minorité musulmane des Ouïghours dans le nord-ouest de la Chine.

À Tokyo, où l’on s’attendait à ce que les athlètes tentent d’attirer l’attention, Raven Saunders a poussé la règle 50 jusqu’à la limite en formant un « X » avec ses bras. « C’est l’intersection où tous les peuples opprimés se rencontrent », a-t-elle déclaré lorsqu’interrogée sur la signification de son geste.

Raven Saunders s’est tournée vers les photographes présents au Stade olympique afin de poser son geste quelques secondes après avoir fait face au drapeau chinois pendant que l’hymne national jouait en l’honneur de la médaillée d’or, Gong Lijiao. Le comité américain n’a imposé aucune sanction à son athlète qui, selon lui, « a été respectueuse de ses compétitrices et n’a pas violé nos règles en lien avec les protestations ».

Le CIO a demandé aux responsables américains de fournir plus d’information au sujet de cet incident, a fait savoir le porte-parole Mark Adams mardi. Raven Saunders, une femme noire et lesbienne, a reçu un large appui populaire.

En participant aux épreuves d’athlétisme aux Jeux olympiques, l’athlète avait dit vouloir « montrer aux jeunes que peu importe le nombre de cases dans lesquelles on va tenter de vous faire entrer, vous pouvez être vous même et vous accepter ».

Le CIO a longtemps clamé sa neutralité politique et il doit maintenir cette position afin de permettre aux quelque 200 délégations nationales de participer aux compétitions en tant qu’égales.

Malgré tout, les règles qui interdisent aux athlètes de poser tout geste politique ont été assouplies dans les semaines qui ont précédé la cérémonie d’ouverture à Tokyo. Un geste préventif alors qu’on s’attendait à ce que des athlètes poussent les règles à leur limite.

Les gestes et les déclarations politiques sont désormais permis sur le site des compétitions avant ou après une épreuve ou une partie, mais demeurent interdits pendant l’action et lors des cérémonies de remises de médailles.

Par exemple, les joueuses de soccer ont posé un genou au sol avant le coup d’envoi des parties lors du premier jour de compétition le 21 juillet dernier.

Les épinglettes de Mao constituent cependant une entorse inattendue à la règle 50. Le port de ce type d’accessoire a somme toute disparu après la décennie 1970 en raison de plaintes selon lesquelles leur production gaspillait du métal nécessaire aux industries chinoises. Les modèles originaux datant de la période de la révolution culturelle sont très prisés par les collectionneurs.

L’image de Mao a refait surface dans les années 1990 pour manifester le mécontentement des Chinois de la classe ouvrière qui bénéficiaient trop peu de la grande transformation économique du pays et qui souffraient de l’inflation et des mises à pied dans les sociétés d’État.