Pendant que le monde entier se déconfine, l’Australie, qui a fait bien des envieux avec son excellent contrôle de la pandémie, fait face à une nouvelle flambée de cas du variant Delta, tandis que la vaccination prend un sérieux retard. Portrait de la situation avec des Québécois qui y habitent.

Publié le 9 juill. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« La dernière année a été normale à bien des égards. L’Australie faisait l’envie d’autres pays avec quelques restrictions à l’occasion. Le masque était dans le fond de l’armoire la plupart du temps », raconte David Gaudreault, résidant de Sydney depuis quatre ans.

Dans la dernière année, David Gaudreault en a profité pour voyager un peu partout en Australie, alors que les rassemblements illimités étaient permis. « Nous étions même 150 personnes à fêter la Saint-Jean-Baptiste à Sydney », dit-il.

Deux jours après la fête nationale du Québec, l’annonce d’un confinement total à Sydney, d’une durée de deux semaines, est tombée. L’objectif était de contenir la progression du très contagieux variant Delta de la COVID-19. Après avoir enregistré près d’une trentaine de nouveaux cas du variant, le gouvernement a décidé mercredi de prolonger le confinement à Sydney d’une semaine.

Sydney, toujours confinée

  • Ces grandes artères connues pour leurs populaires boutiques sont désertes au centre-ville de Sydney, où le confinement a été prolongé d’une semaine.

    PHOTO RICK RYCROFT, ASSOCIATED PRESS

    Ces grandes artères connues pour leurs populaires boutiques sont désertes au centre-ville de Sydney, où le confinement a été prolongé d’une semaine.

  • L’Australie choisit toujours la stratégie « zéro COVID-19 », c’est-à-dire que dès que des cas du virus sont détectés, la région touchée est complètement confinée, comme c’est le cas à Sydney actuellement.

    PHOTO LOREN ELLIOTT, REUTERS

    L’Australie choisit toujours la stratégie « zéro COVID-19 », c’est-à-dire que dès que des cas du virus sont détectés, la région touchée est complètement confinée, comme c’est le cas à Sydney actuellement.

  • Des cyclistes traversent une rue d’un quartier d’affaires important de Sydney, actuellement désert en raison du confinement mis en place pour contrer la propagation du variant Delta de la COVID-19 au pays.

    PHOTO BIANCA DE MARCHI, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Des cyclistes traversent une rue d’un quartier d’affaires important de Sydney, actuellement désert en raison du confinement mis en place pour contrer la propagation du variant Delta de la COVID-19 au pays.

  • Depuis le 26 juin, les 5 millions d’habitants de Sydney sont complètement privés de déplacements et d’activités.

    PHOTO BIANCA DE MARCHI, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Depuis le 26 juin, les 5 millions d’habitants de Sydney sont complètement privés de déplacements et d’activités.

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« C’est frustrant de réaliser notre retard, alors que d’autres pays ouvrent leurs frontières graduellement. Le pays risque de demeurer une grosse prison paradisiaque dont on ne pourra pas sortir pour encore au moins la prochaine année », lâche David Gaudreault.

La vaccination prend du retard

Le gouvernement ne prévoit pas de rouvrir les frontières avant que la majorité des gens soit vaccinée, ce qui n’est pas prévu avant 2022 selon les projections actuelles.

Jusqu’à maintenant, moins de 8 % de la population australienne a été vaccinée, ce qui est bien en deçà de la moyenne des autres pays développés. « On est très peu vaccinés, comme on n’a pas de cas du tout ici à Melbourne, les gens ne sentent pas le besoin », indique Dominique d’Entremont.

La vaccination, c’est épouvantable ! Comme les gens n’ont pas été aux prises directement avec les impacts du virus, l’urgence de se faire vacciner ne se fait pas sentir dans la population.

David Gaudreault, résidant de Sydney depuis quatre ans

À l’heure actuelle, seuls les personnes à risque et les 40 ans et plus sont admissibles à la vaccination. « Ma tranche d’âge, ce n’est pas accessible à moins d’être travailleur de la santé. On prend tous notre mal en patience », dit Véronique Robin.

Le gouvernement a massivement misé sur le vaccin d’AstraZeneca, qui est actuellement offert à toute la population. Le vaccin Pfizer est réservé aux moins de 60 ans. « Beaucoup de 60 ans et plus ne sont pas contents, car ils veulent le vaccin Pfizer ou Moderna, alors ils attendent que l’Australie ait du stock de disponible », explique Diane Yanire, résidante de Sydney.

Une année de confinement

L’Australie a choisi la stratégie « zéro COVID-19 ». Dès que des cas du virus étaient détectés, la région touchée était complètement confinée.

« Il y a plusieurs avantages à cette stratégie, notamment réduire l’impact sur le système médical et sur la mortalité, explique le docteur Philippe Lagacé-Wiens, microbiologiste médical à l’hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg. Il y a assez de preuves maintenant pour dire que c’était la stratégie à prendre. »

Depuis le début de la pandémie, il y a eu 30 861 cas de contamination et 910 décès liés au coronavirus recensés en Australie, sur une population de 25 millions d’habitants. À titre de comparaison, le Canada a enregistré 1,4 million de cas et plus de 26 000 décès pour une population de près de 38 millions.

Pour arriver à un tel résultat, le pays a dû se confiner à plusieurs reprises, ce qui n’a pas été de tout repos pour la population. Quatre confinements ont eu lieu à Melbourne dans la dernière année. « On est fatigués ici, épuisés », dit Dominique d’Entremont.

Leur plus grand confinement a duré 111 jours. Tout était fermé, y compris les bureaux, les écoles et les magasins. Les résidants avaient le droit de sortir une heure par jour maximum à moins de cinq kilomètres de la maison, explique-t-elle. Ses deux enfants, de 7 et 9 ans, ont fait 21 semaines d’école à distance pour l’année scolaire 2021.

Ces confinements répétés risquent de se produire aussi longtemps que la population australienne n’aura pas été adéquatement vaccinée. « J’espère que le taux de vaccination va augmenter, c’est la seule façon qui nous permettra de revoir nos familles », conclut Mme d’Entremont.