(Hong Kong) Le gouvernement chinois a assuré mardi n’avoir détecté aucune radiation anormale à l’extérieur d’une centrale nucléaire située près de Hong Kong, malgré la circulation d’informations à l’effet contraire.

Zen Soo et Joe Mcdonald Associated Press

Une dirigeante hongkongaise a dit que son administration surveille la situation de près.

Les responsables de la centrale se font avares de détails, mais des experts nucléaires croient que du gaz s’échappe possiblement des crayons combustibles à l’intérieur du réacteur de Taishan, à 135 kilomètres à l’ouest de Hong Kong.

À Pékin, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a simplement dit que « rien d’anormal n’a été détecté dans les niveaux de radiation autour de la centrale ». L’agence météorologique hongkongaise a aussi dit que tout semblait normal mardi.

Framatome, la firme française qui aide à gérer la centrale de Taishan, dans la province du Guangdong, a indiqué lundi qu’elle « apporte son soutien à l’analyse de l’évolution d’un des paramètres de fonctionnement de la centrale nucléaire de Taishan […]. Sur la base des informations disponibles, le réacteur est actuellement dans son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisé. »

Elle a fait cette annonce après que la chaîne CNN ait rapporté que Framatome avait informé les autorités américaines d’une fuite potentielle.

La cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a dit que son administration accorde « la plus haute importance » à cette affaire.

La Chine est l’une des plus importantes utilisatrices d’énergie nucléaire de la planète. Elle planifie construire plusieurs autres centrales, à un moment où d’autres gouvernements se tournent plutôt vers les énergies alternatives dont le coût dégringole.

Les leaders chinois croient que l’énergie nucléaire leur permettra de combattre la pollution atmosphérique et de réduire les importations d’hydrocarbures. Pékin prévoit que Hong Kong utilisera davantage d’énergie nucléaire produite sur le continent, pour permettre la fermeture de centrales énergétiques au charbon.

La centre de Taishan, qui a commencé sa production commerciale en décembre 2018, appartient au groupe China Guangdong Nuclear Power et à Électricité de France, qui détient une participation majoritaire dans Framatome. Un deuxième réacteur a été mis en ligne en septembre 2019.

Ils sont les premiers de ce qu’on appelle les « réacteurs européens pressurisés ». Deux autres sont en cours de construction en Finlande et en France.

Selon CNN, Framatome aurait communiqué par écrit avec le département de l’Énergie des États-Unis pour l’avertir d’une « menace radiologique imminente ». La compagnie reprocherait aussi aux responsables chinois d’avoir haussé les limites acceptables de radiation à l’extérieur de la centrale pour ne pas avoir à l’éteindre.

Les dirigeants américains ne craindraient pas une menace grave, selon CNN.

Le département de l’Énergie n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires. L’Agence internationale de l’énergie atomique, une agence onusienne, a dit attendre des informations de la Chine.

Électricité de France a dit lundi avoir été informée d’une hausse de la concentration de « certains gaz nobles » dans le réacteur numéro 1. Cela pourrait démontrer que les crayons combustibles laissent échapper des gaz pendant la fission nucléaire, a dit Luk Bing-lam, un expert en ingénierie nucléaire à l’université City de Hong Kong.

Des gaz nobles comme le xénon et le krypton sont des sous-produits de la fission, tout comme le sont des particules comme le césium, le strontium et d’autres éléments radioactifs.

« Si les fuites sont plus importantes, alors on commencera à voir du matériel radioactif comme du césium, plutôt que du gaz », a dit M. Luk, qui préside la Société nucléaire de Hong Kong.

De telles fuites se produisent « de temps en temps » en Chine et les centrales « peuvent habituellement les gérer elles-mêmes », a-t-il ajouté. La gestion de cet incident pourrait toutefois être plus complexe si la centrale utilise des technologies américaines dont les exportations sont restreintes.

La Chine dispose actuellement de 50 centrales nucléaires et en construit 18 autres, selon l’Association nucléaire mondiale. Ses réacteurs s’inspirent de technologies canadiennes, françaises et américaines.