(Séoul) La Corée du Nord a annoncé vendredi que le tir qu’elle a effectué la veille, et qui lui a valu une mise en garde de Washington, était celui d’un nouveau modèle de « projectile tactique guidé ».

Sebastien BERGER
Agence France-Presse

Le test, lors duquel deux exemplaires de ce projectile doté d’un moteur à carburant solide ont été lancés avec succès jeudi, a été supervisé par un haut responsable nord-coréen, Ri Pyong Chol, a indiqué  vendredi l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, reçue à Séoul.

Ce test est « d’une grande importance pour améliorer les capacités militaires du pays » et « pour dissuader tous types de menaces militaires existant dans la péninsule coréenne », a déclaré cet officiel selon KCNA.  

Les États-Unis, principal allié de la Corée du Sud, ont 28 500 militaires déployés dans ce pays pour le défendre contre son voisin du Nord. Pyongyang dispose de l’arme nucléaire et déclare en avoir besoin pour dissuader de toute invasion de la Corée du Nord.

Dans une dépêche où elle évite d’utiliser les mots « missile » et « balistique », KCNA a indiqué que les deux projectiles avaient atteint avec précision leurs cibles situées en mer du Japon-appelée en Corée mer de l’Est-après avoir parcouru 600 kilomètres.

L’état-major interarmes sud-coréen, qui avait le premier rapporté jeudi le test effectué depuis la côte orientale de la Corée du Nord, avait parlé d’une trajectoire de 450 kilomètres.

KCNA a précisé que l’engin testé pouvait emporter une charge utile de 2,5 tonnes.

Le quotidien officiel nord-coréen Rodong Sinmun a publié des photos montrant des officiels en train de se congratuler et d’applaudir après le double tir.  

« Menace »

Jeudi, après avoir été rapporté par l’état-major interarmes sud-coréen sans précision sur la nature des projectiles, le test avait été confirmé par le premier ministre japonais Yoshihide Suga, qui avait, lui, déclaré qu’il s’agissait de « deux missiles balistiques ». « Cela menace la paix et la sécurité de notre pays et de la région », avait dit M. Suga.

Plusieurs résolutions interdisent à Pyongyang de poursuivre ses programmes d’armement nucléaire et de missiles balistiques, et la Corée du Nord est sous le coup d’une série de sanctions internationales.

Quelques jours plus tôt, dimanche, la Corée du Nord avait lancé deux missiles de croisière, non balistiques, en direction de l’ouest. Les États-Unis avaient alors minimisé l’importance de ce test, soulignant que ces engins n’étaient pas interdits par les résolutions de l’ONU. Il en va autrement pour les deux projectiles lancés jeudi.

Après le premier ministre japonais, le président américain Joe Biden a estimé jeudi que la résolution 1718 du Conseil de sécurité avait été « violée par ces missiles qui ont été testés ».

Avertissement de Washington

« Nous consultons nos partenaires et alliés. Et il y aura des réponses si (les dirigeants nord-coréens) choisissent l’escalade. Nous répondrons en conséquence », a averti le président des États-Unis. M. Biden s’est dit prêt « à une certaine forme de diplomatie » avec la Corée du Nord, « mais soumise à la condition de la dénucléarisation ».

Les Européens ont eux aussi réagi au test nord-coréen. Le ministre britannique chargé de l’Asie, Nigel Adams, a dénoncé une « violation manifeste » des résolutions du Conseil de sécurité et a appelé Pyongyang à « engager des négociations sérieuses avec les États-Unis ».

L’Allemagne a exhorté la Corée du Nord à « s’abstenir de mener de nouveaux tests » et la France lui a demandé de « s’engager rapidement et de bonne foi dans un processus de démantèlement complet, vérifiable et irréversible de ses programmes d’armes de destruction massive ».

A la demande de Washington, le comité des sanctions de l’ONU doit se réunir vendredi à huis clos, selon des sources diplomatiques.

Concernant le double tir de jeudi, Vipin Narang, un expert américain du Massachusetts Institute of Technology, a déclaré que l’engin testé semblait être un projectile présenté par la Corée du Nord en janvier dernier lors d’un défilé militaire. Et il a estimé que cet engin avait très probablement une capacité nucléaire.  

« Une charge utile de 2,5 tonnes règle sans doute la question de savoir si cet engin a une capacité nucléaire. Il l’a », a tweeté cet expert.

Les premiers tirs nord-coréens depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden sont intervenus alors que deux hauts responsables de son administration, le secrétaire d’État Antony Blinken et le secrétaire à la Défense Lloyd Austin, effectuaient une tournée dans la région pour coordonner une stratégie face à la Corée du Nord avec les alliés des États-Unis.

La présidence de Donald Trump avait donné lieu dans un premier temps à des échanges d’insultes et de menaces de guerre nucléaire avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, puis à une lune de miel diplomatique marquée par les sommets historiques de Singapour et de Hanoï entre les deux dirigeants.

Ces relations rapprochées n’avaient toutefois pas conduit à des avancées vers une dénucléarisation.