(Christchurch) Dix ans après le séisme meurtrier qui avait secoué Christchurch, deuxième ville de Nouvelle-Zélande, Gordon Cullen se souvient du courage dont il a fait preuve pour s’échapper de l’immeuble dans lequel il s’est retrouvé pris au piège.  

Publié le 20 févr. 2021
Neil SANDS Agence France-Presse

Le 22 février 2011, il était dans son bureau, situé au cinquième étage, quand un tremblement de terre d’une magnitude de 6,3 a secoué cette ville de l’île du Sud, faisant 185 morts.  

« Les classeurs tombaient, les bureaux vacillaient, il y avait beaucoup de cris », se souvient ce conseiller en investissement.

« Nous avons attaché la lance à incendie autour du canapé que nous avons coincé contre la fenêtre et je suis descendu à la force de mes mains », raconte le quinquagénaire à l’AFP.  

M. Cullen fait partie des habitants qui ont eu de la chance ce jour-là.  

« Cela fait longtemps mais c’est encore un souvenir douloureux pour certains », souligne-t-il à quelques jours du dixième anniversaire que s’apprête à commémorer cette ville de 400 000 habitants.

Christchurch avait déjà connu des séismes mais celui du 22 février 2011 a été particulièrement dévastateur. De faible profondeur, son épicentre était situé à cinq km d’une faille qui se trouvait sous la ville.

À l’heure du déjeuner, des immeubles se sont effondrés, des fissures se sont ouvertes sur des routes, les stores de certains commerces sont tombés sur des piétons.

Dans les banlieues, de vastes étendues sur lesquelles des milliers de maisons étaient construites se sont transformées en marécage, le tremblement de terre transformant le sol en sables mouvants.

La plupart des victimes se trouvaient dans l’immeuble CTV, dont la construction remontait aux années 1980. Il s’est effondré comme un château de cartes avant de prendre feu.

Au total, 115 personnes sont décédées dans ce bâtiment, dont 65 étudiants étrangers, pour la plupart originaires de Chine et du Japon.

Une enquête officielle a conclu qu’il n’aurait pas dû recevoir de permis de construire en raison de sa mauvaise conception.

En septembre 2010, un séisme puissant de 7,1 avait déjà fragilisé certains édifices de la ville sans faire de victime.  

La mairesse de Christchurch, Lianne Dalziel, reconnaît que ce précédent avait conduit les autorités à faire preuve d’une certaine complaisance.

« C’était un signal d’alarme que nous aurions dû davantage prendre en considération », selon elle.

Parmi les victimes de l’immeuble CTV se trouvait Maysoon Abbas, l’épouse de Maan Alkaisi qui, depuis, se bat pour que les ingénieurs ayant conçu l’immeuble soient traduits en justice. La police juge les preuves insuffisantes.

« Tout le monde sait que la justice n’a pas été rendue », soutient M. Alkaisi.

Des milliers de répliques se sont produites dans l’année suivant le séisme, puis un ambitieux et vaste projet de reconstruction a été lancé, mais le processus a été long.  

Les mauvaises herbes ont commencé à envahir les terrains vagues, ternissant l’image d’un centre-ville jadis florissant.  

La reconstruction a été ralentie par les lenteurs administratives et les conflits autour des indemnisations par les compagnies d’assurance.

« Un cap franchi »

« Pendant longtemps, nous nous inquiétions vraiment de ne pas retrouver notre ville, mais maintenant nous sommes beaucoup plus optimistes », se félicite M. Alkaisi.

La ville dans laquelle la première ministre Jacinda Ardern se rendra lundi pour participer une cérémonie commémorative est différente de celle d’avant le sinistre.  

Autrefois considérée comme « une petite partie de l’Angleterre », Mme Dalziel affirme que Christchurch ne se tourne plus vers son histoire mais vers l’Avon, la rivière qui serpente l’agglomération.

« Nous l’avons adoptée comme étant le cœur de la ville », explique-t-elle, fière des bars et des restaurants qui la longent désormais.

Après l’attaque des mosquées de Christchurch en mars 2019 par un supremaciste blanc, qui a fait 51 morts, le renouveau de la ville s’est poursuivi.

Selon Mme Dalziel, les réseaux de solidarité nés après le séisme ont aidé la ville à s’unir derrière la communauté musulmane.

La cathédrale anglicane, autrefois le symbole de Christchurch, fait toujours l’objet de travaux en raison des dégâts subis lors du séisme mais de nombreux projets urbains demeurent en cours.  

« Il nous en reste encore beaucoup à parcourir mais nous avons franchi un cap », se félicite l’élue.