(Genève) L’avocat chinois de 54 ans Yu Wensheng, détenu depuis 2018, a obtenu jeudi le prix Martin Ennals, une distinction concernant les droits humains du nom du premier secrétaire général d’Amnistie internationale.

Agence France-Presse

Son épouse Xu Yan, présente à la cérémonie virtuelle d’annonce du lauréat, a salué la nomination de son mari, y voyant un « encouragement » pour tous les défenseurs chinois des droits humains « à poursuivre leur travail malgré les épreuves ».

« Mon mari a toujours aidé les autres et défendu l’État de droit. Il n’a jamais été coupable et devrait être acquitté immédiatement », a-t-elle dit.

Yu Wensheng est « un avocat des droits humains chinois qui s’est attiré les foudres des autorités gouvernementales pour avoir défendu d’autres avocats détenus dans le cadre de la vague de répression “709” et appelé à une réforme constitutionnelle », indiquent les organisateurs du prix, la Fondation Martin Ennals basée à Genève.

Cette vaste campagne lancée en Chine le 9 juillet 2015 a entraîné l’interpellation, au total, de plusieurs centaines de membres de cabinets d’avocats et de militants.  Surnommée « 709 » en référence à la date de son lancement, elle a suscité de nombreuses réactions internationales.

M. Wensheng est détenu depuis 2018. Il a été, selon la Fondation Martin Ennals, « harcelé, radié du barreau et condamné à l’issue d’un procès à huis clos pour incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».  

Selon des témoignages, Yu Wensheng a aussi été torturé en détention et s’est vu refuser l’accès à des soins médicaux.

En décembre 2020, un tribunal régional de la province de Jiangsu a rejeté l’appel formé contre sa peine de quatre ans de prison. Il a été transféré à la prison de Nanjing où il est détenu, à plus de mille kilomètres de sa famille qui a pu récemment lui parler brièvement par vidéoconférence.

« En 2020, les autorités chinoises ont harcelé les défenseur-euse-s des droits humains qui ont lancé l’alerte sur la COVID-19, ont défendu les minorités ethniques et ont lutté contre la corruption. Yu Wensheng et sa femme Xu Yan qui demandent courageusement le respect des droits humains fondamentaux et l’instauration d’un État de droit méritent tout notre soutien », affirme Andrew Anderson, directeur de Front Line Defenders et membre du jury.

Doté de 30 000 à 50 000 francs suisses (27 800 à 46 300 euros), le prix Martin Ennals, remis chaque année depuis 1994, est attribué par un jury composé de représentants « de dix des plus importantes organisations de défense des droits humains » parmi lesquelles Amnistie internationale, la Commission internationale des juristes, la FIDH, et Human Rights Watch.

Cette année, la photographe turkmène Soltan Achilova et la célèbre militante des droits des femmes saoudiennes Loujain al-Hathloul, une des figures de proue du mouvement Women to Drive qui réclamait l’abolition de l’interdiction de conduire pour les femmes, faisaient également partie de la liste des finalistes. Loujain al-Hathloul a été remise en liberté mercredi par le régime saoudien.