(Samut Prakan) Organiser des manifestations, distribuer des affiches : les nombreux travailleurs birmans vivant en Thaïlande multiplient les actions pour s’opposer au coup d’État du 1er février contre la dirigeante Aung San Suu Kyi.

Publié le 9 févr. 2021
Pitcha DANGPRASITH Agence France-Presse

L’économie thaïlandaise est fortement dépendante de millions de travailleurs très mal rémunérés et pour la plupart originaires de la Birmanie voisine.

Le coup d’État qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi a provoqué une onde de choc au sein de la communauté birmane dans ce pays.

Généralement très discrets, ces travailleurs ont organisé des manifestations quasi quotidiennes à Bangkok.

Nous, Birmans vivant à l’étranger, ne pouvons pas rester silencieux. Nous devons tous demander justice devant notre ambassade et organiser des manifestations. 

Kyaw Thu Ya, qui vit en Thaïlande

« N’étant pas dans mon pays, je ne me sens pas à l’aise et j’ai conscience de mes limites », reconnait l’homme qui vit à une heure de la capitale, dans la province de Samut Prakan. Mais une chose est certaine : « si j’étais en Birmanie en ce moment, je sortirais et je manifesterais tous les jours ».

Pour le moment, lui comme ses compatriotes, qui pour la plupart adulent Aung San Suu Kyi, font leur maximum pour soutenir ceux qui contestent ce coup d’État dans leur pays.

Kyaw Thu Ya réunit dans une petite maison ses amis pour organiser une manifestation devant le bureau des Nations unies, tout en préparant des affiches de la dirigeante birmane et du commandant en chef de l’armée, Min Aung Hlainge dont ils barrent le visage d’un grand « X ».

« Le coup d’État a tout gâché »

« Min Aung Hlaing ne connait pas le mot “assez” », regrette Pu, une vendeuse de rue birmane qui a perdu le sommeil et l’appétit depuis l’annonce du coup d’État du 1er février.

La Birmanie a vécu près d’un demi-siècle sous le joug de l’armée, depuis son indépendance en 1948 jusqu’à la fin de la dictature militaire en 2011.

À 48 ans, elle raconte avoir reçu une éducation limitée et estime que l’armée l’a empêchée d’avoir sa chance. C’est ce qui l’a poussée à déménager en Thaïlande.

Selon elle, c’est à cause du régime militaire que des millions de personnes ont migré en Thaïlande pour trouver du travail, aspirant à une vie meilleure alors que l’économie du pays a connu un déclin sous ce régime.

« La Birmanie n’a jamais pu évoluer en raison de l’ingérence des militaires », soutient la quadragénaire qui entend se « battre jusqu’au bout contre ce coup d’État ».

Soulèvement de 1988, réprimé dans le sang

Ce week-end, lors de la manifestation devant le bâtiment des Nations unies, les travailleurs birmans ont entonné un chant, « Kabar Ma Kyay Bu » (Nous n’oublierons pas). Cette chanson était devenue populaire lors d’un soulèvement contre le régime militaire en 1988, réprimé dans le sang.

Les manifestations qui se déroulent actuellement d’un bout à l’autre de leur pays d’origine font ressurgir des craintes au sein de la communauté birmane.

« Lorsque la Ligue nationale pour la démocratie », le parti d’Aung San Suu Kyi « a remporté les élections, j’avais espéré pouvoir retourner en Birmanie et créer mon entreprise », raconte Kyaw Thu Ya.  

« Mais le coup d’État a tout gâché. Notre avenir en Birmanie n’est plus sûr ».