(Wuhan) Recueillement solennel, drapeaux en berne, distractions annulées : la Chine observe samedi une journée de deuil national en hommage aux plus de 3300 personnes mortes de la COVID-19 dans le pays le plus peuplé du monde.

Jing Xuan TENG, avec le bureau de l'AFP à Pékin
Agence France-Presse

À 10 h locales (22 h, HE), les sirènes ont résonné sur tout le territoire pendant trois minutes, tandis que les voitures, trains et bateaux ont fait retentir leurs klaxons en signe de respect.

À Wuhan (centre), ville de 11 millions d’habitants d’où est partie l’épidémie et qui a enregistré l’essentiel des décès,  les habitants sont restés figés dans les rues.

Des membres du personnel soignant de l’hôpital Tongji, en première ligne contre la COVID-19, se tenaient tête baissée face au bâtiment principal. Certains portaient des combinaisons de protection blanches.

PHOTO THOMAS PETER, REUTERS

À Pékin, les piétons se sont arrêtés pour rendre hommage aux morts de la pandémie.

« Je ressens beaucoup de tristesse pour nos collègues et patients qui sont morts », a déclaré à l’AFP Mme Xu, une infirmière de l’établissement, en tentant de retenir ses larmes. « J’espère qu’ils reposent en paix là-haut. »

Dans la capitale Pékin, les automobilistes ont stoppé leurs véhicules pour klaxonner et les piétons sont restés immobiles sur le trottoir, certains avec leurs sacs de courses dans les mains.

Le président Xi Jinping s’est recueilli avec les autres principaux dirigeants communistes dans le vaste complexe pékinois qui abrite le siège du pouvoir, selon des images de la télévision nationale CCTV.

Les passagers d’une rame de métro de la ligne 1, arrêtée en station, se sont levés, masques sur le visage, et sont restés immobiles pendant trois minutes, dans un silence seulement interrompu par la sirène du train.

« Martyrs »

Sur la célèbre place Tiananmen au cœur de Pékin, le drapeau national rouge aux cinq étoiles jaunes était en berne, comme dans tout le pays.

Par respect pour les défunts, la Chine interdit samedi toutes les activités publiques de loisir pour ses 1,4 milliard d’habitants. Même certains jeux vidéo chinois en ligne ont été rendus inaccessibles.

Le recueillement se veut également à la mémoire des 14 personnes qualifiées jeudi par le gouvernement de « martyrs » de l’épidémie. Il s’agit principalement de membres du personnel soignant décédés.

Parmi eux figure le docteur Li Wenliang, mort de la COVID-19 à Wuhan. Cet ophtalmologue de 34 ans avait été réprimandé par la police pour avoir diffusé ce qu’elle présentait comme des « rumeurs ». Il avait en fait alerté des confrères de la propagation d’un virus semblable au SRAS.

Sa mort début février avait provoqué un tollé dans l’opinion et une fronde d’une rare ampleur contre le pouvoir. Le gouvernement a depuis rétabli l’honneur du médecin dans l’espoir d’apaiser la colère populaire.

Les autorités ont fait état en décembre de l’apparition d’un nouveau virus inconnu à Wuhan. Mais les scientifiques n’ont pas immédiatement pris la mesure de sa dangerosité et de sa capacité à se transmettre entre humains.

Wuhan n’a été confinée que le 23 janvier. Critiqué, le Parti communiste au pouvoir se défend d’avoir tardé à réagir. Il a rejeté la faute sur les responsables locaux, dont plusieurs ont été limogés.

Bougie virtuelle

Malgré le confinement imposé à partir de fin janvier à 50 millions d’habitants du centre de la Chine, l’épidémie, qui n’avait alors fait qu’une dizaine de morts, est depuis devenue une pandémie qui a tué près de 60 000 personnes dans le monde.

Le dernier bilan du nouveau coronavirus en Chine est de 81 639 contaminations, dont 3326 mortelles.

L’épidémie est désormais jugulée dans le pays, avec uniquement quelques nouveaux cas annoncés chaque jour, la quasi-totalité du fait de personnes venant de l’étranger.  

La journée de recueillement de samedi coïncide avec la fête de Qingming, la « Toussaint chinoise », où les gens vont généralement entretenir les tombes de leurs proches décédés.

Mais les autorités, qui craignent une deuxième vague épidémique, veulent éviter les déplacements trop importants et ont encouragé la population à tenir des cérémonies de commémoration à domicile.

Des cimetières proposent ainsi aux familles d’honorer leurs ancêtres en regardant un flux vidéo en direct montrant du personnel s’occupant des tombes à leur place.

Certains sites internet proposent même d’entretenir une tombe « virtuelle », où on peut allumer une bougie numérique en hommage aux défunts.