(Montréal) La quarantaine imposée aux passagers du navire de croisière Diamond Princess aurait causé environ 550 infections de plus à la maladie à coronavirus (COVID-19), selon les calculs de chercheurs suédois.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Après la détection d’un passager infecté, les responsables japonais de la santé publique ont décidé de confiner les quelque 3700 touristes à bord du paquebot, dans le port de Yokohama.

Les passagers qui présentaient des symptômes ont été isolés des autres autant que possible. Quand la quarantaine a finalement été levée, le 19 février, ce sont 619 voyageurs qui avaient été infectés.

Le professeur Joacim Rocklöv, de l’Université d’Umeå, et ses collègues estiment que si tous les passagers avaient pu quitter le navire, et que les passagers porteurs du virus ou à risque de l’être avaient été isolés, ce sont seulement 70 autres voyageurs qui auraient été infectés, soit environ 550 de moins que le bilan final.

PHOTO D'ARCHIVES JAE C. HONG, THE ASSOCIATED PRESS

Le paquebot Diamond Princess frappé par une épidémie de coronavirus, placé en quarantaine et amarré dans le port de Yokohama, au Japon.

En revanche, ajoute le professeur Rocklöv dans un communiqué, si aucune mesure de précaution n’avait été adoptée à bord du Diamond Princess, on aurait ultimement été confrontés à 2300 infections.

« Je pense que c’est facile avec le recul de voir qu’on aurait dû prendre une autre décision, a commenté la professeure Kate Zinszer, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Je pense qu’on était en panique. Même deux ou trois semaines (plus tard), on en sait déjà beaucoup plus au sujet du virus, comprendre quelles sont les bonnes mesures à adopter, avec une quarantaine à bord d’un bateau qui n’est pas un bon endroit […] pour le contrôle des maladies. […] Je pense que c’était une décision très difficile à mon avis. »

Cela étant dit, ajoute-t-elle, l’analyse suédoise démontre bien que, si les autorités japonaises avaient évacué le navire plus tôt, « le nombre de cas aurait été beaucoup plus bas que ce que nous avons eu ».

Dans une situation comme celle-là, deux journées de plus ou de moins passées en confinement peuvent faire toute la différence, poursuit Mme Zinszer.

« On voit (aussi) que […] ça peut très bien fonctionner si les gens restent chez eux, s’ils suivent les directives de santé publique, comme mesure de quarantaine, a-t-elle dit. Mais on a besoin de (lignes directrices) avant que la crise survienne, parce qu’après ça c’est trop difficile de prendre des décisions. C’est une leçon de voir que chaque jour compte vraiment. »

PHOTO D'ARCHIVES EUGENE HOSHIKO, AP

Le paquebot Diamond Princess frappé par une épidémie de coronavirus et amarré dans le port de Yokohama, au Japon.

L’important, selon elle, est de tirer les leçons qui s’imposent de cette situation afin d’améliorer la gestion de la crise.

« Nous devons utiliser des mesures de quarantaine et d’isolement basées sur des preuves (ce qui ne semble pas être le cas de la croisière) et la planification est cruciale, a-t-elle dit. Cette étude donne un aperçu d’une mesure de confinement qui n’a pas été efficace pour protéger les passagers/membres d’équipage non infectés du bateau de croisière. »

L’étude, en revanche, ne permet pas de déterminer si la mesure de confinement a eu comme effet de protéger le grand public, souligne-t-elle.

« Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas sur COVID-19, ce qui rend très difficile une intervention efficace. Nous devons partager les données et les informations », a dit Mme Zinszer.