Alors qu’Ottawa continuait lundi d’étudier ses options, plusieurs pays ont confirmé leur intention de procéder rapidement à l’évacuation des ressortissants touchés par la quarantaine imposée par les autorités chinoises dans la région de Wuhan.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Ces démarches surviennent alors que les mises en garde de scientifiques relativement à la gravité de l’épidémie de coronavirus ayant débuté en décembre dans la ville de 11 millions d’habitants se multiplient.

Les États-Unis, qui disposent d’un consulat à Wuhan, ont affrété un avion pour évacuer le personnel diplomatique ainsi que les résidants d’origine américaine les plus susceptibles d’être touchés.

La France a indiqué que les citoyens pris dans la région seront évacués par avion en milieu de semaine et rapatriés avant d’être soumis à une quarantaine de deux semaines pour éviter toute contamination.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, un enseignant britannique pris à Wuhan avec sa femme enceinte et leur fils, tous deux d’origine canadienne, a déploré lundi qu’Ottawa n’ait pas annoncé de mesure d’évacuation de cette nature.

Tom Williams a indiqué qu’il souhaitait quitter la région le plus tôt possible, mais était disposé à demeurer sur place pourvu que sa femme puisse partir pour « accoucher de leur enfant dans des conditions sécuritaires ».

Dans un message diffusé sur Twitter pour alerter les autorités relativement à la situation de sa famille, M. Williams a précisé que les services consulaires s’étaient bornés à lui dire par téléphone qu’ils devraient quitter la zone si possible sans « donner de façons pratiques d’y parvenir ».

Aide consulaire

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a souligné lundi que 8 des 168 Canadiens ayant signalé officiellement leur présence dans la province du Hubei, où se trouve Wuhan, ont demandé de l’aide consulaire.

Il a précisé qu’une ligne d’urgence téléphonique était offerte et que son gouvernement « assurait la liaison » avec ses « partenaires internationaux pour élaborer des solutions permettant d’assurer la sécurité et le bien-être » des Canadiens pris en Chine.

Alors qu’Ottawa continuait par ailleurs lundi de déconseiller tout voyage dans la province du Hubei, les États-Unis ont haussé le niveau d’alerte en recommandant à leurs ressortissants d’éviter carrément tout voyage en Chine pour freiner les risques de transmission.

La Dre Nancy Messonnier, qui chapeaute les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), a indiqué lors d’une conférence de presse téléphonique en matinée que cinq cas de contamination avaient été enregistrés à l’échelle du pays depuis une semaine.

PHOTO ASSOCIATED PRESS

Des travailleurs médicaux discutent avec une femme soupçonnée d’être atteinte du coronavirus, dans un centre de santé de Wuhan, en Chine.

Au Canada, seul un couple établi à Toronto qui avait récemment visité Wuhan a contracté la maladie et était en observation hier. Dix-neuf autres personnes font l’objet d’examens en Ontario, ont annoncé les autorités sanitaires. L’Agence de santé publique du Canada continue de parler d’un risque « faible » pour la population du pays.

Globalement, plus de 4500 cas de contamination et 106 morts ont été rapportés officiellement depuis que le premier cas a été signalé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui parle désormais d’une « menace élevée » à l’échelle internationale.

Bien qu’une dizaine d’autres pays aient rapporté des cas, la vaste majorité sont concentrés en Chine, principalement dans la province du Hubei.

Le gouvernement chinois, qui a mis de facto des dizaines de millions de personnes de la région en quarantaine la semaine dernière en interrompant les services de transport de plusieurs villes, dont Wuhan, continue de resserrer ses contrôles.

Le congé du Nouvel An chinois a été prolongé de quelques jours pour limiter les déplacements à travers le pays et de nombreux lieux touristiques ont été fermés, ce qui n’a pas empêché l’apparition du coronavirus dans plusieurs villes importantes, dont la capitale Pékin, où un premier mort a été rapporté lundi.

Plus de cas que ceux annoncés ?

Gabriel Leung, doyen de la faculté de médecine de l’Université de Hong Kong, a indiqué hier au South China Morning Post que le nombre de cas à Wuhan était sans doute largement supérieur à ce que déclarent les autorités locales.

PHOTO ANTHONY WALLACE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des passants portent un masque par mesure de précaution, à Hong Kong.

Il a indiqué qu’il y avait probablement plus de 25 000 personnes présentant des symptômes liés au virus en date de samedi dans la ville et que ce chiffre risquait de doubler d’ici une semaine.

Sans évoquer un écart aussi draconien, le maire de Wuhan, Zhou Xianwang, a indiqué à la chaîne d’État CCTV que la ville n’avait pas divulgué toutes les informations qu’elle détenait sur la propagation du virus en temps opportun.

Il a indiqué qu’il était obligé d’obtenir l’autorisation de ses supérieurs pour aller de l’avant, témoignant de l’impact potentiel du contrôle d’information pratiqué par le gouvernement central sur l’évolution de la crise.

Trois nouveaux cas examinés au Québec

Les autorités de santé publique ont confirmé lundi que trois nouveaux cas étaient examinés au Québec. Ces « trois personnes sont sous investigation selon la définition du coronavirus 2019 de l’Agence de la santé publique du Canada », a fait savoir le ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel. Depuis le début de la crise, tous les autres signalements au Québec se sont avérés négatifs. Par ailleurs, le Ministère a annoncé qu’une mise à jour quotidienne du nombre de cas faisant l’objet d’un examen dans la province sera publiée en ligne.

— Fanny Lévesque, La Presse