(Bangkok) La police a fait usage mardi à Bangkok de canons à eau et de gaz lacrymogène contre des manifestants qui tentaient de se rapprocher du Parlement, où députés et sénateurs débattent d’une éventuelle réforme de la Constitution réclamée par le mouvement pro-démocratie.

Agence France-Presse

Dix-huit personnes ont eu besoin d’une prise en charge médicale et en début de soirée, la situation restait tendue entre la police et les manifestants, qui ont réussi à s’approcher de l’entrée principale du parlement.

Pour tenter de faire pression sur les parlementaires, plusieurs milliers de contestataires se sont massés dès le début d’après-midi aux abords de l’édifice, protégé par des blocs de béton, des barbelés et des centaines de policiers.

Certains militants ont tenté de se frayer un passage et la police anti-émeute a alors fait usage de canons mélangeant eau et produits chimiques et, pour la première fois depuis le début de la contestation, de gaz lacrymogène, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Certains militants se sont abrités derrière des bouées géantes en forme de canard jaune, qu’ils avaient prévu d’utiliser comme embarcation pour atteindre le parlement par le fleuve.

« Arrêtez de nous accuser de violer la loi, vous (la police) violez la loi en blessant les gens », a dénoncé au mégaphone l’un des leaders étudiant Parit « Penguin » Chivarak, juché sur un camion.

« Nous nous battons pour un avenir meilleur pour notre pays et pour tout le monde, alors ne tirez pas au canon à eau sur nous ».

Alors que la nuit tombait, un affrontement a également éclaté entre manifestants pro-démocratie et partisans ultra-royalistes vêtus de chemises jaunes, les deux groupes se jetant des bouteilles, des pierres et des déchets.

Le mouvement pro-démocratie demande la destitution du premier ministre Prayut Chan-O-Cha au pouvoir depuis le coup d’état de 2014, des réformes pour limiter les pouvoirs de la puissante et richissime monarchie et une révision de la Constitution, adoptée en 2017 et jugée trop favorable à l’armée.

Le Parlement est réuni pour décider quels projets d’amendements constitutionnels il accepte d’examiner.  Il doit voter sur ce point mercredi.

« Son vote est une solution de compromis, tout comme la Thaïlande est une terre de compromis », a tweeté Ford Tattep, l’un des leaders du mouvement pro-démocratie, une allusion à une des rares réactions du roi Maha Vajiralongkorn à la contestation qui secoue son pays depuis l’été.

Plusieurs propositions d’amendements ont été présentées au Parlement par une partie de l’opposition et une ONG : elles visent notamment à réformer le Sénat, la Commission électorale et la Cour constitutionnelle, jugés trop proches de l’armée.

L’une d’entre elles prévoit aussi que le premier ministre devra obligatoirement être issu des rangs du Parlement.

Les 250 sénateurs, nommés par la junte, ne devraient pas aisément accepter de rogner sur leurs prérogatives et un éventuel changement constitutionnel prendra de toute façon beaucoup de temps, d’après des observateurs.

Des partisans de la royauté se sont aussi réunis aux abords du Parlement dans la matinée pour s’opposer à toute réforme.  

« La modification de la Constitution va conduire à l’abolition de la monarchie », s’est inquiété Warong Dechgitvigrom, fondateur du groupe de défense de la royauté, Thai Pakdee (« Thaïlandais loyaux »).

Le mouvement pro-démocratie assure, lui, souhaiter moderniser la monarchie, mais en aucun cas vouloir l’abolir.