(Pékin) Il devrait davantage respecter la Chine, mais pourrait s’avérer plus ferme sur le fond : Joe Biden s’annonce coriace pour Pékin, des droits de l’Homme aux différends commerciaux et technologiques.

Agence France-Presse

La relation sino-américaine est tombée sous Donald Trump au plus bas depuis des décennies, avec une guerre commerciale et un affrontement diplomatique quasi quotidien, au point que Pékin a officiellement mis en garde contre une « nouvelle guerre froide » entre les deux premières puissances militaires mondiales.

Le président américain a particulièrement irrité le régime communiste en se rapprochant de son rival taïwanais et en parlant de « virus chinois » à propos de la COVID-19.

Joe Biden, qui doit s’installer à la Maison-Blanche fin janvier, devrait se montrer moins provocateur.

« Avec Biden, on devrait avoir une approche plus respectueuse, plus subtile et mieux ciblée, qui ne se contente pas d’agresser, mais envisage sur le long terme la compétition » entre les deux pays, pronostique Adam Ni, directeur du China Policy Centre en Australie.  

Le futur président devrait ainsi resserrer les liens avec les alliés traditionnels de l’Amérique, avec pour objectif de « dissuader » Pékin de recourir à l’agression, comme l’a expliqué pendant la campagne Anthony Blinken, conseiller de longue date de Joe Biden.

Pas de félicitations

Alors que l’affrontement faisait rage entre les deux candidats, le régime du président Xi Jinping a veillé à ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre.

Depuis la victoire de Joe Biden samedi, la plupart des dirigeants mondiaux lui ont adressé leurs félicitations. Mais Pékin s’est jusqu’à présent abstenu de reconnaître le résultat de la présidentielle, alors qu’en 2016, Xi Jinping avait félicité Donald Trump dès le lendemain de sa victoire sur Hillary Clinton.

Démocrates ou républicains, Pékin semble s’être résolu à devoir faire durablement face à l’hostilité de Washington, qui s’alarmerait de la montée en puissance de la deuxième puissance économique mondiale.

« La Chine ne doit pas s’imaginer que l’élection de Biden améliorera les relations avec les États-Unis », met en garde à Pékin le quotidien nationaliste Global Times. « La concurrence américaine et sa méfiance envers la Chine ne fera que s’accroître ».

Entre mise au pas de Hong Kong et répression contre la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang (nord-ouest), l’administration Biden devrait particulièrement faire monter la pression en matière de droits de l’Homme.

Joe Biden lui-même n’a pas mâché ses mots en début d’année à l’endroit du président chinois. « C’est un type qui n’a pas le moindre ossement de démocratie dans son squelette », déclarait alors l’ex-vice président. « C’est un voyou ».

« Son équipe a déjà qualifié l’internement des Ouïghours de génocide », rappelle la sinologue Bonnie Glaser,  du Center for Strategic and International Studies à Washington.

Washington : le retour

Pékin pourrait voir d’un mauvais œil le retour de l’Amérique dans le système multilatéral, alors que Donald Trump l’a retirée de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord sur le nucléaire iranien, de l’UNESCO et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Les États-Unis vont jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Il y aura moins de place à remplir pour la Chine », prédit à Pékin le politologue indépendant Hua Po.

Sous Donald Trump, les retraits américains ont pu faire par contraste apparaître la Chine comme la championne du multilatéralisme.

« Notre démocratie, lorsqu’elle est affaiblie, en désarroi, est sans doute une bonne chose pour la Chine », observait le conseiller Blinken lors d’une intervention récente à l’institut Hudson. « Cela rend notre modèle moins attirant ».

Côté chinois, certains observateurs s’attendent à un retour à la coopération de l’ère Obama sur des dossiers spécifiques comme la Corée du Nord et la sécurité nucléaire, à l’instar de Shen Dingli, professeur à l’Université Fudan à Shanghai.

Mais aux yeux de Pékin, « peu importe que le président soit Donald Trump ou Joe Biden. Aucun des deux n’est prêt à abandonner la domination américaine sur le monde. Sur ce point-là, rien ne changera », prévient-il.