(Ottawa) La Chine a vigoureusement réagi lundi aux efforts déployés par le Canada et ses alliés pour inclure Taïwan dans des discussions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en exigeant que la coalition de pays ne se mêle pas de ses affaires intérieures.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Le Canada, l’Australie, la France, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne, le Japon et les États-Unis ont appelé l’OMS à accorder le statut d’observateur à Taïwan lors d’une réunion de l’organisation prévue la semaine prochaine.

Taïwan a réussi très tôt à contrôler l’éclosion de la COVID-19 et le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a déclaré à La Presse canadienne que la présence de Taïwan en tant qu’observateur non étatique aux réunions de l’OMS la semaine prochaine aiderait à lutter contre la pandémie dans le monde.

Cette décision est politiquement délicate pour le Canada, car le pays a son propre différend avec la Chine sur ce qu’il estime être l’emprisonnement « arbitraire » de Michael Kovrig et de Michael Spavor.

La question a clairement touché une corde sensible lundi à Pékin, où le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a été invité à dire si la Nouvelle-Zélande avait reçu des assurances des dirigeants chinois qu’ils ne s’opposeront pas ses efforts.

« La Chine les déplore et s’y oppose et a déposé des représentations auprès de la partie néo-zélandaise », a déclaré le porte-parole Zhao Lijian dans une transcription anglaise de ses propos publiée sur le site Internet de son ministère.

La Chine considère Taïwan comme une province séparatiste. Son statut sur l’échiquier mondial est régulièrement à l’origine de frictions diplomatiques.

« Concernant la participation de la région de Taïwan aux activités de l’OMS, la position de la Chine est claire et cohérente. Le principe d’une seule Chine doit être respecté », a-t-il ajouté.

« Les autorités taïwanaises ont choisi de jouer sa soi-disant participation aux évènements de l’OMS et de retourner à l’OMS à ce moment-là. Le calendrier révèle son véritable motif, qui est d’utiliser l’épidémie actuelle pour réclamer “l’indépendance de Taïwan”. C’est une manipulation politique totale. »

Alors qu’il commentait spécifiquement la participation de la Nouvelle-Zélande, M. Zhao a lancé un avertissement qui s’appliquerait au Canada et à ses alliés, déclarant : « Nous sommes fermement résolus à défendre notre souveraineté, notre indépendance et notre intégrité territoriale. Personne ne devrait se faire d’illusions en ce qui concerne les intérêts fondamentaux de la Chine. »

À Ottawa, le chef conservateur, Andrew Scheer, a soutenu lundi les efforts du gouvernement libéral pour inclure Taïwan, malgré toute opposition de la Chine.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef conservateur, Andrew Scheer

« Ces types d’entités qui fournissent des conseils et des services aux gens sur la santé et la sécurité des personnes dans le monde ne devraient pas être affectés par la politique mondiale et par les opinions en matière de politique étrangère de la RPC [République populaire de Chine] », a déclaré M. Scheer.

M. Scheer a également souligné que son parti demande depuis longtemps l’inclusion de Taïwan dans des organisations telles que l’OMS et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), et que leur travail ne devrait pas être influencé par la politique étrangère de la Chine.

Malgré la coopération en matière de santé et de commerce depuis le début de la pandémie, les relations entre le Canada et la Chine ont été très tendues depuis que la GRC a arrêté la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, en vertu d’un mandat d’extradition américain en décembre 2018.

La Chine a arrêté MM. Kovrig et Spavor neuf jours plus tard dans ce qui est généralement considéré comme des représailles et a porté des accusations d’espionnage contre les hommes. Le Canada a rassemblé une large coalition d’appuis internationaux appelant à leur libération, ce qui a mis en colère les dirigeants chinois.

Taïwan est également au centre du différend de l’administration Trump avec la Chine et l’OMS. Les États-Unis ont temporairement suspendu le financement de l’organisation en raison de son évaluation prétendument inadéquate de la menace précoce de la COVID-19 lorsque le nouveau coronavirus a éclaté dans la ville chinoise de Wuhan.