(Christchurch) Un an après les attaques de deux mosquées de Christchurch par un suprémaciste blanc australien, la communauté musulmane néo-zélandaise se sent toujours menacée et estime désormais bien loin l’immense élan national qui a suivi ce massacre.

Chris FOLEY
Agence France-Presse

Au lendemain des attaques du 15 mars, au cours desquelles 51 fidèles ont été tués, la communauté musulmane avait « l’impression que toute la population néo-zélandaise était derrière nous », se souvient Aliya Danzeisen, responsable de la communauté musulmane.  

Mais désormais, « nous ne nous sentons pas plus en sécurité », remarque Mme Danzeisen, à l’occasion du premier anniversaire de ces attaques qui ont ébranlé cette nation du Pacifique Sud réputée pour sa tranquillité et ses traditions d’hospitalité.  

Selon elle, un sentiment de malaise persiste au sein de la communauté musulmane qui fait toujours l’objet de menaces et de critiques.

La première ministre Jacinda Ardern – qui a été saluée par la communauté internationale pour sa gestion de cette crise – a reconnu vendredi qu’il restait encore « beaucoup à faire » pour combattre les suprémacistes blancs.

La cofondatrice du Conseil des femmes musulmanes, Anjum Rahman, estime qu’il y a « toujours un fond ou une rhétorique de haine… ce n’est pas simplement envers notre communauté, nous observons également beaucoup de haine sur l’internet [envers] la communauté transgenre. Je ne dirais pas que c’est particulièrement nous mais on le ressent ».

Les musulmanes qui portent un foulard sont prises pour cibles « parce qu’on pense qu’elles sont vulnérables et qu’elles ne peuvent pas se défendre », explique-t-elle.  

Le gouvernement néo-zélandais avait réagi rapidement après ce massacre qui s’est produit dans la plus grande ville de l’île du Sud.

Les lois sur le port des armes ont été renforcées, Mme Ardern a lancé une campagne internationale de lutte contre les contenus extrémistes en ligne et une enquête judiciaire a été ouverte pour analyser ce qui aurait pu être fait pour prévenir ces attaques.

Mme Danzeisen, une ancienne avocate d’affaires américaine installée en Nouvelle-Zélande depuis 14 ans, estime que le soutien apporté aux musulmans au lendemain de la fusillade « a surpris les mouvements suprémacistes ».

« Un problème mondial »

« Cela a eu pour conséquence de les rendre plus méfiants, plus virulents, ils sont devenus plus puissants », a-t-elle expliqué à l’AFP.

Lors d’une menace récente adressée au Conseil des femmes musulmanes de Nouvelle-Zélande, « ils nous ont dit savoir ce que nous faisions, qui nous étions, qui nous rencontrions et qu’ils nous observaient, et il a été question d’empoisonnement ».

Cette ex-avocate juge essentiel d’informer ses deux filles, écolières, sur les événements internationaux afin qu’elles sachent faire face à tout type d’intimidation.  

« Je fais cela depuis des années, pour qu’elles puissent être préparées […] à expliquer les raisons d’un problème international à leurs camarades ou à leurs professeurs », a expliqué la mère de famille.  

Elle estime que le harcèlement dont sont victimes les enfants vient de leurs camarades mais aussi des personnes responsables de leur éducation.

Les conséquences de ce massacre, dont la cérémonie d’hommage national aux victimes prévue dimanche a été annulée pour cause de coronavirus, ont dépassé les frontières de la Nouvelle-Zélande.

À la mosquée al-Nour de Christchurch, un des deux lieux de culte attaqués, Jabara Akhter Juti raconte que sa famille bangladaise reste « très inquiète » pour elle depuis son arrivée dans la ville, l’an dernier avec son mari.

L’iman de cette mosquée, Gamal Fouda, a souhaité que les conséquences de l’extrémisme soient abordées au sens large et ne soient pas seulement cantonnées aux musulmans.  

« C’était une guerre contre la Nouvelle-Zélande, pas seulement contre les musulmans, car aujourd’hui c’est contre une communauté, demain ce sera une autre », a-t-il confié à l’AFP.

À titre d’exemple, le porte-parole de la mosquée, Tony Green a rappelé que récemment à Auckland, une médecin d’origine chinoise a été prise à partie au sujet de l’épidémie du nouveau coronavirus.

« Je ne sais pas si elle était née en Nouvelle-Zélande mais elle était là depuis longtemps et des gens lui criaient “rentrez en Chine” », a dit M. Green, pour qui « c’est un problème mondial qui touche les communautés du monde entier ».