L’épidémie de coronavirus sévissant en Chine rappelle de vifs souvenirs aux médecins qui étaient aux premières loges à Toronto lors de la crise du SRAS, en 2003, qui avait fait 43 morts au Canada. Ces spécialistes confient à La Presse comment cet épisode survenu il y a 17 ans a contribué au resserrement du contrôle des infections au pays.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Deux vagues

Michael Christian se souvient exactement du moment. C’était la fin de semaine de la Reine, en mai 2003, il était avec des amis dans le quartier de la Distillerie, au centre-ville de Toronto. « On venait d’avoir un gros concert rock à l’aéroport de Downsview pour le personnel soignant, pour célébrer la fin du SRAS », dit le Dr Christian, qui avait dirigé les soins pour les patients atteints du SRAS à l’Hôpital général en mars et avril. « Et ma pagette a sonné. Il y avait une nouvelle éclosion dans une unité d’orthopédie à North York. Mon cœur s’est serré. »

Le Dr Christian, qui a par la suite travaillé pour l’armée et est maintenant établi à Londres, a pris part à de plusieurs évaluations subséquentes des causes de cette deuxième vague canadienne de SRAS en 2003. « On a fait des recommandations qui ont changé les pratiques hospitalières pour les infections, particulièrement dans des cas de nouvelles épidémies. Ç’a été très utile pour le H1N1 [en 2009]. Les pratiques d’isolement, les précautions sanitaires comme les masques, tout est plus serré. Et on s’est rendu compte qu’on n’avait pas fait de tests chez les patients en orthopédie, parce qu’ils étaient âgés et que l’on considérait que c’était normal qu’ils aient une convalescence difficile. On teste plus rapidement maintenant. »

Isolement et maladie

PHOTO KEVIN FRAYER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La crise du SRAS a frappé Toronto en 2003.

Les médecins et infirmières aux premières lignes à Toronto ont dû accepter de vivre en quarantaine. « J’ai dû passer trois mois sans contact physique avec mes proches », dit le Dr Christian. Allison McGeer, directrice de la microbiologie au Mont-Sinaï, est elle-même tombée malade et a infecté six de ses collègues. À son grand soulagement, aucun d’entre eux n’est mort. « Pour moi, ç’a été une grosse pneumonie, mais j’ai bien récupéré, dit la Dre McGeer. Voir un nouveau coronavirus rappelle évidemment pour nous tous le SRAS en 2003. »

Report des opérations

En 2003, alors que la crise du SRAS à Toronto battait son plein, une microbiologiste ontarienne avait affirmé au Forum des Amériques à Montréal que le nombre de morts directement attribuables au virus ne représenterait que 20 % du bilan total de l’épidémie. Le report des tests et opérations cardiaques et oncologiques à cause des hôpitaux débordés était catastrophique, avait déclaré Kelly MacDonald de l’hôpital Mont-Sinaï. Mais la seule étude qui a tenté de valider cette thèse, publiée en 2007 dans la revue BMC Public Health, n’a pas vu de différence de mortalité entre 2000 et 2003 dans les hôpitaux touchés.

« Comme la crise a duré seulement deux mois, les patients relativement urgents ont probablement pu être vus dans d’autres hôpitaux ontariens », explique l’auteur de l’étude, Stephen Hwang, de l’Université de Toronto. « Il y a certainement eu des problèmes de qualité de vie ou de soins, cela dit. Mais nous ne pouvons pas voir si des gens ont eu une espérance de vie de deux ou trois mois plus courte quelques années après, à cause d’un cancer soigné à un stade un peu trop avancé. Même avec la grippe H1N1, il a été difficile de déterminer l’effet du report des soins électifs et des tests. »

Météo et marchés illégaux

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un médecin examine un patient susceptible d’être atteint du SRAS à Hanoï, au Viêtnam, en 2003. 

Michael Christian estime que trois domaines d’études ont été négligés à la suite de la crise du SRAS. « Il aurait fallu en faire beaucoup plus pour fermer les marchés d’animaux exotiques en Chine et en Asie. Je sais que c’est important pour leur cuisine traditionnelle, mais c’est vraiment un laboratoire où les virus animaux finissent pas contaminer les humains. Ensuite, il faut mieux comprendre pourquoi les épidémies se terminent. On ne sait pas vraiment pourquoi le SRAS est disparu à Toronto. Je pense qu’il y a des facteurs météorologiques de transmission, ce n’est pas uniquement une réussite de notre système de santé. Enfin, on ne sait pas vraiment quel est le vrai taux de mortalité avec la grippe et le nouveau coronavirus. Il y a beaucoup de patients asymptomatiques. J’hésiterais même à comparer les taux de mortalité parce que tout dépend de tests qui, dans certaines circonstances ou régions, ne sont pas faits. »

L’a b c des coronavirus

Les coronavirus tirent leur nom de la ceinture de protéines qui les entoure et ressemble à une couronne comme celle du Soleil. Il existe quatre types de coronavirus, dont seulement deux infectent l’homme. Deux coronavirus de type A et deux coronavirus de type B sont responsables de 30 % des rhumes, selon les centres de contrôle des maladies du gouvernement américain. Trois autres coronavirus de type B, le SRAS, le MERS et celui qui frappe depuis janvier, sont plus virulents. Le SRAS a été surtout actif en 2002-2003, avec quelques cas sporadiques jusqu’en 2005. Le MERS est actif depuis 2012, surtout au Moyen-Orient, et a fait 2494 victimes, dont 858 morts. Comme le SRAS, le taux de mortalité du MERS est 10 fois plus élevé que celui du nouveau coronavirus, mais il n’est transmissible qu’après l’apparition de symptômes graves.

Chronologie de la crise du SRAS

PHOTO VINCENT YU, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

De jeunes ballerines portent un masque pour se protéger contre le SRAS à Hong Kong, en 2003.

Novembre 2002

Les premiers cas apparaissent dans la province du Guandong, en Chine.

10 février 2003

La Chine informe l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’épidémie.

21 février 2003

Un médecin de Guandong, Liu Jianlun, assiste à un mariage à Hong Kong et y infecte des clients de l’hôtel Metropole et des patients d’un hôpital.

23 février 2003

La Canadienne Kwan Sui-Chu, qui a été infectée à l’hôtel Metropole, rentre au Canada, où elle infecte son fils, qui, lui, crée la première contagion de masse à l’hôpital de Scarborough, en Ontario.

26 mars 2003

L’Ontario décrète l’état d’urgence à cause du SRAS et met des milliers de personnes en quarantaine à domicile.

11 avril 2003

L’OMS lance une alerte mondiale.

24 mai 2003

L’hôpital de North York à Toronto connaît sa deuxième vague de SRAS.

5 juillet 2003

L’OMS déclare l’épidémie de SRAS terminée.

Sources : Université de Toronto, Santé Canada, OMS