(Séoul) Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a annoncé mercredi la fin du moratoire sur les essais nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux et promis une action « sidérante » contre les États-Unis, lesquels ont toutefois réagi avec modération.

Sebastian BERGER
Agence France-Presse

« Nous n’avons aucune raison de continuer à être liés unilatéralement par cet engagement », a indiqué mercredi l’agence d’État nord-coréenne KCNA, rapportant des propos de M. Kim aux dignitaires de son parti au pouvoir. « Le monde va découvrir dans un proche avenir une nouvelle arme stratégique que détient la Corée du Nord ».

M. Kim avait déclaré en 2018 que la Corée du Nord n’avait plus besoin d’essais nucléaires et d’essais de missiles balistiques intercontinentaux.

Dans les années précédentes, la Corée du Nord avait effectué six essais nucléaires et lancé des missiles capables d’atteindre l’intégralité du territoire continental des États-Unis.

Les déclarations de M. Kim rapportées mercredi semblent infirmer la diplomatie nucléaire des deux dernières années, le président américain Donald Trump évoquant régulièrement la « promesse » que lui aurait faite le dirigeant nord-coréen.

« Nous avons bien signé un contrat qui parle de dénucléarisation. C’était la phrase numéro un, cela a été fait à Singapour. Je pense que c’est un homme de parole », a réaffirmé mardi M. Trump, faisant référence au premier sommet historique entre les deux dirigeants en 2018.  

Mais les pourparlers entre les deux capitales semblent dans une impasse depuis l’échec d’un nouveau sommet Kim-Trump à Hanoï en février 2019.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a par la voix de son porte-parole fait part de sa « grande préoccupation » face à l’annonce nord-coréenne, assurant que la diplomatie était « la seule voie vers une paix durable ».  

Devant le comité central de son Parti des travailleurs, M. Kim a indiqué clairement que la Corée du Nord était prête à continuer à vivre sous un régime de sanctions internationales pour préserver sa capacité nucléaire.

Pas de discours du Nouvel An

« Les États-Unis formulent des exigences contraires aux intérêts fondamentaux de notre État et adoptent un comportement de voyou », a affirmé Kim Jong-un, cité par KCNA.

Washington a « conduit des dizaines d’exercices militaires conjoints (avec la Corée du Sud) que le président (Donald Trump) avait personnellement promis d’arrêter », a envoyé au Sud de l’équipement militaire de haute technologie et a renforcé les sanctions contre le Nord, a-t-il ajouté.

« Nous ne vendrons jamais notre dignité », a-t-il assuré, promettant une action « sidérante pour faire payer (aux États-Unis) le prix de la douleur subie par notre peuple ».

Comme M. Trump, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a réagi avec modération, déclarant à la chaîne CBS : « nous voulons la paix, pas l’affrontement ».

« Si le président Kim a renié ses engagements pris auprès du président Trump, c’est profondément décevant », a relevé M. Pompeo. « J’espère qu’il ne suivra pas ce chemin », a-t-il déclaré sur la chaîne Fox.

Le ministère sud-coréen responsable de l’unification a pour sa part affirmé qu’un test d’arme stratégique « n’aiderait pas les négociations sur la dénucléarisation ».

Pour la première fois depuis 2013, M. Kim n’avait pas prononcé mercredi en fin d’après-midi son traditionnel discours de Nouvel An.

« Plus de sanctions »

Selon des analystes, il s’agit d’un choix à dessein pour éviter d’admettre des erreurs dans sa politique diplomatique avec Washington.  

Depuis des mois, Pyongyang réclame un assouplissement des sanctions internationales qui lui sont imposées en raison de ses programmes d’armement nucléaire et de missiles balistiques, mais l’administration Trump estime que la Corée du Nord doit d’abord faire davantage de gestes concrets.

Pour Harry Kazianis, du groupe de réflexion conservateur américain Center for the National Interest, « Kim Jong-un joue un jeu géopolitique dangereux ».

« La Corée du Nord a pour ainsi dire placé un ICBM (missile balistique intercontinental, NDLR) sur la tempe de Donald Trump dans l’espoir d’obtenir les deux concessions auxquelles elle tient le plus : un assouplissement des sanctions et une garantie de sécurité », a estimé M. Kazianis.

« Il parie que la menace d’une nouvelle démonstration de sa capacité à frapper le territoire américain avec une arme nucléaire poussera l’Amérique à faire davantage de concessions », a expliqué le chercheur.

Mais selon lui il est peu probable que cette stratégie soit efficace, car il est vraisemblable que Washington répliquera avec « plus de sanctions, une présence renforcée en Asie de l’Est et plus de menaces du genre “ feu et fureur ” sur le compte Twitter de Donald Trump ».

En 2017, à une époque de très forte tension entre Pyongyang et Washington, M. Trump avait menacé de déchaîner « le feu et la fureur » sur la Corée du Nord.