(Shanghai) Le président chinois Xi Jinping a fait part de son « haut degré de confiance » envers l’impopulaire dirigeante de Hong Kong, Carrie Lam, qu’il a rencontrée à Shanghai alors que les violences se poursuivent dans l’ex-colonie britannique.

Agence France-Presse

M. Xi a également appelé à faire « des efforts efficaces » pour améliorer la vie de la population et dialoguer avec tous les secteurs de la société, selon l’agence de presse Chine nouvelle, à la suite de la Foire aux importations de Shanghai de lundi.

« Lam a dirigé le gouvernement de la Région administrative spéciale (de Hong Kong) pour s’acquitter pleinement de ses tâches, pour s’efforcer de stabiliser la situation et améliorer le climat social, et elle a beaucoup travaillé », a dit le président chinois, selon l’agence officielle.

« Xi a exprimé le haut degré de confiance du gouvernement central envers Lam et la pleine reconnaissance de son travail et de celui de son équipe dirigeante », a aussi écrit Chine nouvelle. Selon le même média, M. Xi a noté que « mettre fin à la violence et au chaos et restaurer l’ordre restent la tâche la plus importante pour Hong Kong actuellement ».

Ces déclarations interviennent après des rumeurs affirmant que Pékin souhaitait remplacer Mme Lam par un chef de l’exécutif « par intérim » alors que les autorités hongkongaises sont en prise avec des manifestations prodémocratie qui dégénèrent de plus en plus en actes violents.

« Le président Xi a fait part, lors d’un court entretien, de son inquiétude pour Hong Kong », a déclaré mardi Mme Lam à des journalistes. Eludant la question de savoir si elle était sur la sellette, elle a assuré que M. Xi avait « exprimé son soutien aux mesures prises » par l’exécutif hongkongais.

Hong Kong, un territoire semi-autonome, est secoué depuis cinq mois par des manifestations de militants dénonçant l’ingérence de Pékin et exigeant des réformes démocratiques.

Ils demandent, entre autres, de pouvoir désigner au suffrage universel direct le chef de l’exécutif – le plus haut dirigeant du territoire – actuellement nommé par un collège de 1200 grands électeurs inféodé à Pékin.

Selon Willy Lam, un expert en politique chinoise basé à Hong Kong, Pékin montre qu’il soutient Mme Lam « pour le moment ».

« Spectacle de marionnettes »

« Cela ne signifie pas qu’ils aiment Carrie Lam ni qu’ils ont une haute opinion de sa performance », estime l’expert. Selon lui, Pékin souhaite que Hong Kong adopte une loi sur la sécurité nationale afin d’attribuer plus de pouvoirs à la police pour réprimer les manifestations.

PHOTO HANDOUT, AFP

Xi Jinping et Carrie Lam

La cheffe de l’exécutif pourrait être limogée d’ici un an ou en mars lors de la session plénière annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), a indiqué l’expert.  

En vertu de sa « Loi fondamentale », l’ancienne colonie britannique rendue à Pékin en 1997 jouit d’une grande autonomie et de libertés inconnues en Chine continentale : liberté d’expression et de manifestation et justice indépendante.

Le Parti communiste chinois avait annoncé la semaine dernière qu’il allait modifier ce processus de désignation, sans préciser si « l’amélioration » prévue irait dans le sens plus démocratique exigé par les contestataires, mais en avertissant qu’il ne tolérerait « aucune activité » de nature à diviser le pays ou à menacer la sécurité nationale.

Tam Yiu-chung, unique représentant de Hong Kong au comité permanent de l’Assemblée nationale populaire (ANP), a affirmé que cette rencontre devrait contribuer à dissiper les rumeurs selon lesquelles Pékin chercherait à la remplacer.

« M. Xi doit être très occupé à Shanghai où il doit rencontrer de nombreux dirigeants étrangers, mais il a tout de même trouvé du temps pour Mme Lam, donc cela traduit clairement le fait qu’il s’y intéresse », a déclaré M. Tam.

« M. Xi a témoigné à Mme Lam une reconnaissance appropriée, mais il n’a pas fait trop d’éloges […] parce que, après tout, il faut encore faire revenir l’ordre », a-t-il ajouté.  

La cheffe de l’exécutif devait initialement retourner à Hong Kong après sa visite à Shanghai, mais dimanche ses services ont fait savoir qu’elle rencontrerait mercredi à Pékin des représentants du gouvernement chinois.

La députée prodémocratie Claudia Mo a estimé que les partisans de la démocratie seraient consternés de voir M. Xi embrasser Mme Lam.

« À présent, Pékin ne peut que renforcer son emprise sur Hong Kong et aggraver encore les choses ici », a-t-elle déclaré à l’AFP. « C’est un spectacle de marionnettes ».